À la rencontre de Marc Peltzer, entre réel et imaginaire
Dans cette interview, vous pourrez découvrir l’univers singulier de Marc Peltzer, un artiste peintre français qui transforme le paysage en véritables mondes imaginaires. Pour lui, peindre n’est pas seulement reproduire le réel : c’est inventer des lieux qui n’existent pas mais qui pourraient être réels, créer des atmosphères où l’on se sent bien, et inviter le spectateur à un voyage intérieur. Né à Saint-Germain-en-Laye, il a grandi en région parisienne et ses premières émotions visuelles sont venues des films Disney, puis des impressionnistes comme Monet et Pissarro. Fasciné par la lumière et le paysage, il mêle aujourd’hui influences classiques et inspirations littéraires, notamment Tolkien et Jack Vance, pour construire des mondes cohérents et poétiques.
Comment avez-vous découvert votre passion pour l’art et la peinture ?
J’ai grandi dans une génération qui a vu arriver la télévision, mais mes premières émotions visuelles sont venues des films Disney au cinéma. Les couleurs, l’imaginaire, la narration visuelle, tout cela m’a profondément marqué. Plus tard, j’ai découvert la peinture avec les impressionnistes, surtout Monet et Pissarro. J’ai été fasciné par leur façon de représenter la lumière et le paysage. Monet peignait des paysages que je connaissais, car j’ai grandi en région parisienne et je parcourais ces lieux à vélo. J’ai eu une vraie proximité avec ces paysages.
Comment définiriez-vous votre univers artistique ?
Mon univers, c’est le paysage. Mais pas uniquement le paysage comme simple reproduction : je cherche à en faire un monde en soi. un lieu qui n’existe pas mais qui pourrait être réel, de créer une atmosphère ou on se sent bien, ou on a envie de passer un moment pour mieux le connaître. J’ai été influencé par la littérature, surtout les auteurs de science-fiction et de fantasy, comme Tolkien ou Jack Vance, qui inventent des univers complets avec leurs règles, leurs planètes, leurs climats. J’aime cette idée d’un monde cohérent et autonome. Même Bruegel, quand il peignait la Terre Sainte sans y être allé, utilisait en fait des paysages hollandais ou alpins pour représenter des lieux bibliques. Ce décalage entre l’imaginaire et le réel me parle beaucoup. Comme eux, j’essaie de créer un univers, mon propre monde, en peignant.
Quels sont vos principaux thèmes ou sources d’inspiration ?
Le rapport entre l’homme et la nature est central. Les villes dans mes paysages s’adaptent à la nature en la transformant le moins possible,ce sont les traces humaines qui témoignent de la conscience du monde, car le monde sans personne pour le percevoir n’existe pas. On retrouve aussi souvent la notion de chemin : des escaliers dans les villes, des routes dans les campagnes, les fleuves, des sentiers de montagne. Ces chemins suggèrent un voyage, un mouvement qui mène vers la lumière, vers la lune, au loin. J’aime les villes médiévales, celles où je me sens bien : Sarlat, Rocamadour, certaines villes bretonnes souvent bâties à flanc de rocher, entre ville et château-fort. Je les peins parce que ce sont des lieux où j’ai trouvé une harmonie.
Quelles techniques ou matériaux utilisez-vous ?
Je peins à l’huile, exclusivement. C’est le medium qui me permet d’obtenir le résultat le plus juste pour mon art. Pour les couleurs, je privilégie les scènes de nuit. Beaucoup de peintres, ou même le cinéma, utilisent le bleu pour traduire la nuit. Mais moi, je préfère garder des gammes chaudes. Les zones sombres peuvent être bleues ou noires, mais mes dégradés restent dans les tons chauds. Pourquoi ? Parce que si j’utilisais le bleu, on aurait l’impression que la lumière vient de la lune. Or mes villes sont éclairées par des lumières artificielles. J’aime ce contraste entre la chaleur de la ville et la profondeur sombre de la nuit.
Comment se déroule votre processus créatif ?
Je commence toujours par un croquis, parfois deux. Avant, je faisais un croquis préparatoire et un autre après réflexion, plus complexe. Aujourd’hui, je tends à simplifier : un petit croquis suffit, que je transpose ensuite sur la toile en grand format. Le dessin est assez strict et ne change pas. Puis vient le travail classique : je couvre les zones les plus claires, puis les plus sombres, et je multiplie les couches de peinture en glacis. C’est un processus discipliné, mais qui me permet de me concentrer sur la composition et les détails.
Pouvez-vous nous parler d’une œuvre qui a une signification particulière ?
Le Voyage Extraordinaire est sans doute l’une de mes œuvres les plus marquantes. D’abord parce que c’est la plus grande que j’ai jamais réalisée. Elle m’a permis d’intégrer des clins d’œil : à Jules Verne bien sûr, pour l’idée du voyage, à Disney, à Banksy. Cette toile était idéale pour cela, car son format donnait la place pour insérer ces références discrètes. Mais l’essentiel reste le paysage, qui occupe les deux tiers du temps de travail. Les villes, même si elles changent, finissent par se ressembler. Les paysages, eux, sont toujours différents, toujours inventés. Dans ce tableau, on trouve par exemple un bout de mer perdu au fond d’une vallée, un phare, une crique, deux rivières qui descendent. C’est une composition classique, mais qui me permet de créer un monde original. Je m’inspire des premiers peintres de paysages, les flamands principalement, qui voulaient représenter le monde entier dans une toile. Albrecht Altdorfer, par exemple, dans La bataille d’Alexandre : il peint des milliers de soldats, mais à l’arrière-plan, il représente toute la Méditerranée, la Grèce, la Terre Sainte, les îles, le Nil et la Mer Rouge. La bataille n’est qu’un prétexte pour peindre un paysage. À l’époque de Copernic, on découvrait que la Terre n’était plus le centre du monde mais une planète parmi d’autres. Dans ce monde soudain devenu infini, sans doute les peintres voulaient alors recréer une Terre miniature rassurante visible en un seul coup d'œil dans leurs œuvres. Car comme disait Pascal “ Le silence éternel des espaces infinis m’éffraie” Moi aussi, j’aime cette idée de condenser le monde dans un tableau.
Comment organisez-vous vos paysages ?
Mes paysages fonctionnent comme des fractales. Ce que l’on voit au premier plan se répète dans le second, et encore au loin. Comme si la même structure se reproduisait à l’infini. Cela crée une continuité, un rythme, une forme d’éternité. J’aime montrer que les choses se répètent, comme le temps qui passe : les mêmes motifs, mais à d’autres échelles. Si je pouvais peindre une fresque de 10 mètres, je ferais la même chose, mais en ajoutant encore plus de détails, encore plus de chemins, de rivières, de montagnes.
Quels sont vos projets actuels ?
Principalement de nouvelles toiles. J’aimerais travailler sur des formats plus grands, mais cela demande beaucoup de temps. J’essaie de trouver un équilibre entre des projets à court terme, de nouvelles peintures, et l’envie de toujours aller plus loin, de perfectionner mon art.
Quel conseil donneriez-vous à un jeune artiste ?
Y aller à fond, sans se poser trop de questions. Faire ce qu’on a envie de faire, croire en soi. Ne pas avoir peur de montrer son travail, même imparfait. Il faut accepter les critiques, les refus, les “râteaux”. Ce n’est pas grave si cela ne marche pas tout de suite. Ce qui compte, c’est de persévérer. On finit toujours par rencontrer quelqu’un qui aime ce qu’on fait. L’important, c’est de ne pas douter de soi, même si on doute de son travail.
Quelles sont vos lectures ou films préférés ?
Je lis beaucoup plus que je ne regarde de films. Tolkien, évidemment, avec Le Seigneur des Anneaux, mais aussi Jack Vance, qui est moins connu mais qui a inventé des mondes fascinants. Le cinéma m’a marqué par certains films, mais j’ai plus été influencé par des livres, parce qu’ils nourrissent mon imaginaire et mon univers.
Et votre musique préférée ?
J’écoute surtout Bach et de la musique baroque. Bach a une telle richesse, une telle variété, que je découvre toujours de nouvelles œuvres. Plus jeune, j’écoutais beaucoup l’opéra italien, de Rossini à Verdi, parce que mon père en écoutait sans arrêt. J’aime encore ces musiques, et aussi Mozart, mais je n’écoute pas Mozart en peignant. Bach, en revanche, accompagne parfaitement ma peinture.