Abraham Aronovitch, l’art du murmure : quand la peinture devient zone critique
Chez Abraham Aronovitch, rien ne crie. Tout murmure. L’artiste adopte une posture discrète, attentive au monde et à ses détails les plus ordinaires. Les gestes infimes, les silences, les regards qui se dérobent nourrissent un état de « pré-création », un temps suspendu où quelque chose insiste sans jamais s’imposer. Sa peinture explore le seuil, cet espace fragile où l’intime devient conscient de lui-même. Le regard y occupe une place centrale : un moment de bascule où l’on se voit sans tout à fait se reconnaître. Sans recherche d’effet spectaculaire, son travail installe un vertige discret, une tension intérieure qui invite à rester, à regarder plus longtemps. Peindre est pour lui un engagement lent et irréversible. La résistance, le doute et l’attente font partie intégrante du processus. Refusant le choc frontal, Abraham Aronovitch privilégie le trouble silencieux, celui qui persiste. Une fois exposée, l’œuvre s’ouvre au regard de l’autre, laissant place au malentendu comme forme vivante de dialogue.
Qui es-tu, quand tu n’es pas en train de créer ?
Je suis quelqu’un de simple. J’essaie d’être présent aux autres, au quotidien, mais je suis aussi quelqu’un qui observe. Les gestes ordinaires, les silences, les regards qui se dérobent, dans ces moments, je suis en pré création.
Ta démarche : un cri, un murmure, un silence ?
Un murmure. Mais un murmure insistant, qui oblige à se rapprocher. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui ne s’impose pas, mais qui demeure.
Une seule œuvre : laquelle dit tout de toi ? Pourquoi ?
Critical Zone concentre tout ce qui me traverse. C’est un espace de seuil, un moment de bascule où l’intime devient conscient de lui-même. Le miroir n’y renvoie pas une image stable, mais une zone fragile, presque instable, où le regard se cherche. Ce tableau parle de vulnérabilité, de lucidité, et de ce point précis où l’on ne peut plus détourner les yeux.
Pourquoi ce médium ? Qu’est-ce qu’il t’oblige à affronter ?
La peinture m’oblige à la lenteur, à la décision irréversible. Elle ne permet ni l’effacement total ni la fuite. Elle m’oblige à rester.
Est-ce que ton œuvre te résiste ? Tu fais quoi quand ça coince ?
Oui, souvent. Quand ça résiste, je n’insiste pas. J’attends que quelque chose cède — parfois en moi, parfois sur la toile.
Une obsession, une influence, un vertige en ce moment ?
Le regard. Ce moment précis où l’on se voit sans vraiment se reconnaître. C’est un vertige discret, mais profond.
Ton atelier : laboratoire, refuge, chaos ?
Un refuge, avant tout. Un lieu où le monde extérieur s’atténue. Le chaos, s’il existe, est intérieur.
As-tu déjà douté de ta légitimité ? Que fais-tu de ce doute ?
Oui. Je ne cherche pas à l’effacer. Le doute est un moteur : il empêche la complaisance, il maintient l’exigence.
Une œuvre que tu n’as jamais osé créer ?
Peut-être une œuvre encore plus dépouillée, presque vide. J’y pense souvent. Je m’en approche lentement.
Que veux-tu laisser, au-delà de la matière ?
Une trace de présence. L’idée que quelqu’un, quelque part, s’est arrêté un instant devant lui-même.
L’art doit-il encore choquer pour exister ?
Non. L’art peut aussi troubler en silence. Le choc le plus durable est parfois celui qui n’élève pas la voix.
Une mauvaise interprétation de ton travail : tu la portes comment ?
Je la laisse vivre. Une œuvre ne m’appartient plus totalement une fois regardée. Le malentendu fait partie du dialogue.
Quelle est ta chanson ou musique préférée ? Et pourquoi ?
Rocket Man d’Elton John parle de solitude, de distance, et de cette sensation d’être à la fois présent et ailleurs. La chanson est douce en surface, mais traversée par une énergie soudaine lorsque le refrain éclate, comme un cri d’identité. Elle accompagne cette idée d’un homme en suspension, conscient de ne pas être celui que les autres imaginent, observant le monde sans toujours y appartenir pleinement.
Quel est le film qui ta le plus marqué dans ta carrière d'artiste ? Dis nous en plus ?
Paris, Texas de Wim Wenders. Pour la solitude des corps, les silences, les visages filmés comme des paysages intérieurs. Ce film m’a appris qu’on peut dire énormément sans presque rien montrer.
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