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Alain : la lumière, l’œil et l’infini effort

Il suffit de quelques minutes en compagnie d’Alain pour comprendre que la peinture, chez lui, n’est pas un métier mais une respiration. Depuis l’enfance, cet artiste qui a su faire de la lumière sa langue et du regard son territoire explore le monde avec une précision instinctive, presque animale. À trois ans, un simple stylo dérobé à son père déclenche la révélation fondatrice : dessiner sera son chemin. Depuis, il n’a cessé de scruter ce que la plupart ne voient pas, de dénuder la beauté dans un reflet, une clé, une ombre, un fragment de paysage. Dans cet entretien exceptionnel, Alain revient sur cette vocation fulgurante, sur son rapport intime à la lumière, sur l’imprévu qu’il apprivoise avec exigence, mais aussi sur les maîtres qui l’accompagnent — de Velázquez à Goya — et sur les œuvres, musiques et films qui jalonnent sa sensibilité. Un dialogue sans détour, où l’on découvre un peintre pour qui créer n’est ni inspiration ni hasard, mais une discipline lucide : « Le génie, c’est se donner du mal infiniment. »

Comment est née votre envie de peindre ?

Mon envie, d’abord de dessiner, m’est venue très très tôt, à l’âge de 3 ans. J’étais dans un restaurant avec mes parents et mon père s’apprêtait à faire l’addition, à payer l’addition. Et j’ai fait une colère : j’ai voulu prendre son stylo. Alors on ne comprenait pas pourquoi. Et, à l’envers du menu, qui était une simple feuille de papier, j’ai dessiné une auto. Et une auto qui ressemblait à une auto à l’âge de 3 ans, alors que je commençais à parler. Et c’est vrai, c’est une histoire vraie. La moitié du restaurant est venue voir l’auto qu’avait faite un bébé de 3 ans. Et là, j’ai continué. Alors mes parents, complètement ébahis, m'ont poussé et j’ai continué à dessiner tous les jours de ma vie. Et ensuite à crayonner avec des crayons de couleurs, et ensuite à faire de la gouache. Et j’ai fait ma première peinture à l’huile à l’âge de 6 ans. Voilà comment m’est venu mon amour de l’art, de la peinture et du dessin.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus dans votre travail ?

Ce qui m’inspire le plus, c’est de regarder ce que personne ne voit. Et de mettre en valeur la beauté dans un détail, ou dans une situation, ou dans un objet, ou dans une figure, ou dans un animal, ou dans un paysage, etc. Sur ce que personne ne ressent, parce que je crois que la beauté est réellement partout si on sait la capter. Et moi, j’ai un œil : je me suis entraînée à regarder les choses, d’abord ce que tout le monde voit, mais à scruter ce que tout le monde voit d’une certaine manière, d’une manière beaucoup plus sensible. Enfin, c’est peut-être prétentieux ce que je dis, mais d’une manière, si je peux dire, totale. Je mets une clé dans une porte, aussi bien qu’un reflet sur un capot de voiture, le tout dans un paysage composé, que je recompose moi-même. Et savoir regarder, vous savez, c’est oublier que les choses ont un nom. Et donc on a la chance de vivre sur une terre qui est magnifique, avec un soleil d’où nous venons. Et ce soleil qui, sur les solides, inscrit une lumière et des ombres que notre œil peut capter… Moi j’essaye de l’approfondir, si vous voulez : j’essaye de rendre mon œil le plus intelligent possible.

Quelle place occupe la lumière dans vos œuvres ?

Alors, la lumière, c’est principalement mon plus grand souci. C’est-à-dire que la lumière, c’est aussi les millions de possibilités qu’elle offre sur un objet, sur un solide, quel qu’il soit, sur tout. Étant donné que nous, comme dit la Bible, comme disait le Christ, « nous sommes les fils de la lumière ». Bon, c’est une très belle phrase. Je ne trouve pas que dans la Bible il n’y a que des phrases très belles, mais celle-là est quand même belle, étant donné qu’elle émane quand même de la source principale de toute vie.

"Dans la gare" 41 x 58 cm Huile sur toile

Comment se met en place une toile chez vous ? À partir d’une idée, d’une image, d’une émotion ?

D’un regard, tout simplement. Et de scruter quelque chose. Et puis quelquefois, mais rarement, ce quelque chose m’apporte dans l’imaginaire autre chose. Et donc je fais autre chose que ce quelque chose qui m’a apporté.

Votre atelier : laboratoire, refuge ou chaos ?

Refuge. Refuge, chaos forcément, parce que dans un atelier c’est toujours un peu le bazar. Mais le soir quand j’ai fini, je remets quand même un minimum de choses en place, parce que je n’aime pas, quand je me lève le matin, voir du bazar, aussi bien d’ailleurs dans ma cuisine que dans mon atelier.

Quelle part laissez-vous à l’imprévu dans votre peinture ?

Alors, je laisse quelque part, quelquefois, l’imprévu. J’ai fait un geste à un endroit de la toile qui m’a échappé. Je regarde, mais je corrige ce geste, parce que l’impondérable est toujours perfectible. Et comme disait un de mes amis peintres, quand je lui disais : « Est-ce que quelquefois tu as une part d’imprévu dans ton organisation picturale ? », il m’a répondu : « Non, je ne veux pas être cocue. » Alors moi, je suis cocue quelquefois, mais je corrige ce cocufiage, parce que c’est rarement, quand on fait un geste de trop involontaire, finalement, c’est rarement bien.

Que souhaitez-vous que le spectateur ressente dans vos tableaux ?

Chacun ressent en fonction de son acquis culturel, en fonction de son savoir regarder, qui peut aller de 0 à 100. Il y a des gens qui ne savent pas regarder, qui ne regardent jamais. Mais chacun interprète ce qu’il veut avec son « en-soi », je dirais, depuis la naissance.

Quels artistes vous inspirent encore aujourd’hui ?

J’aime tous les grands peintres. J’ai du mal à faire une sélection, parce que d’abord j’en oublie toujours, mais il y a la trilogie, dans le désordre : Rembrandt, Goya, Velázquez. Parmi les trois, d’ailleurs, j’aurais une petite tendresse pour Rembrandt. Non, pardon : pour Goya. Mais pour moi, le plus grand tableau du monde, c’est quand même un Velázquez : cette admirable toile, Les Ménines. Si j’avais à emmener sur une île déserte une toile, ce serait Les Ménines.

"Le selfie" 100 x 65 cm Huile sur toile

Si vous deviez choisir une toile qui vous représente le plus, laquelle serait-ce ?

Les Ménines. Peut-être un Gustave Klimt, que j’adore. Et peut-être un Manet, que j’adore aussi.

Si vous ne pouviez dire qu’une seule chose à travers votre peinture, laquelle serait-ce ?

Cette phrase de Machiavel, que j’aime beaucoup : « Le génie, c’est se donner du mal infiniment. »

Votre chanson préférée, Alain ?

Un Lied de Schubert.

Et votre film préféré, Alain ?

Pierrot le fou. Et 2001, l’Odyssée de l’espace.

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