Anna Normand, créatrice d’œuvres papier uniques
Plongez dans l’univers d’Anna Normand, artiste papier au regard poétique et inventif. Pour elle, la création dépasse les murs de l’atelier : chaque moment du quotidien devient source d’inspiration. Fascinée par les textures, les volumes et les couleurs du papier, Anna transforme ce médium en œuvres originales et poétiques, mêlant technique, imagination et sensibilité. Ses créations reflètent à la fois la rigueur d’une céramiste et la créativité d’une styliste-modéliste, donnant naissance à des objets uniques qui racontent des histoires et invitent à rêver. Découvrez comment le papier devient pour Anna un véritable terrain d’expression artistique.
Qui es-tu, quand tu n’es pas en train de créer ?
"Artiste! Je suis quelqu’un qui crée en permanence, pas seulement avec les mains, mais surtout avec la tête. Curieusement, c’est souvent dans le quotidien familial que mon esprit travaille le mieux : entre réflexions, listes de courses et organisation des vacances, je trouve des solutions pour mes projets. Contrairement à l’idée reçue, la création ne se limite pas à l’atelier : pour un artiste, c’est un processus qui fait partie de la vie quotidienne."
Ta démarche : un cri, un murmure, un silence ?
"Tous les moyens sont bons pour transmettre un message. Parfois il faut crier, parfois se taire, mais cela ne rend pas le message moins fort. Je crois à l’adaptation et à la juste mesure."
Une seule œuvre : laquelle dit tout de toi ? Pourquoi ?
"Je pense que c’est mon œuvre Casa Azul, inspirée par l’univers surréaliste et onirique de Frida Kahlo, qui regroupe plusieurs sujets qui me tiennent à cœur. Elle représente la terre et ses richesses, sa flore et sa faune, mais aussi l’humain et ses rêves capables de transformer la réalité."
Pourquoi ce médium ? Qu’est-ce qu’il t’oblige à affronter ?
"Le papier est un médium fascinant par sa capacité de métamorphose. Sa diversité de textures, de couleurs et de techniques est absolument passionnante. Il me permet de mobiliser toutes mes compétences acquises au fil de ma carrière : mon expérience de céramiste m’aide à trouver des solutions innovantes dans les textures, et mon parcours de styliste-modéliste me permet de créer des volumes rapidement, presque instinctivement. J’aime ce médium pour son côté caméléon, tout en conservant une simplicité qui apporte poésie et rêverie à l’objet fini."
Est-ce que ton œuvre te résiste ? Tu fais quoi quand ça coince ?
"Il est très rare que l’œuvre me résiste. En général, je travaille vite, presque d’un seul trait, mais derrière cela se cache un énorme travail de réflexion et de recherche. Quand cela arrive, c’est presque toujours parce que je suis trop fatiguée. La seule solution est de faire une pause et puis revenir rapidement, pour ne pas perdre le souffle nécessaire à la réalisation."
Une obsession, une influence, un vertige en ce moment ?
"Je suis passionnée par l’élément naturel de l’eau depuis mon enfance. En ce moment, je reviens à cette thématique après avoir découvert des papiers fabriqués à partir d’algues, que je trouve fascinants et qui m’inspirent beaucoup pour de nouveaux projets. Tout ce qui touche au monde marin — coraux, micro-organismes, vie sous-marine — est pour moi une source d’inspiration infinie."
Ton atelier : laboratoire, refuge, chaos ?
"Mon atelier est à la fois un laboratoire et un refuge. Le chaos reflète mon niveau de fatigue, les projets en cours et l’énergie nécessaire pour enfin ranger. Sur certains points, je suis très maniaque : mes instruments de travail sont toujours impeccables. En revanche, les stocks de papier finissent par s’accumuler, car on ne sait jamais ce qui pourra servir à un moment donné."
As-tu déjà douté de ta légitimité ? Que fais-tu de ce doute ?
"Je me doute chaque jour du chemin à parcourir, mais le travail est si intense que le doute disparaît vite et laisse place à l’action. Si le résultat n’est pas à la hauteur, on reprend : il n’y a plus de place pour le doute, seulement pour l’effort et la recherche de solutions."
Une œuvre que tu n’as jamais osé créer ?
"Je n’ai jamais voulu créer une œuvre qui choque pour choquer. Je suis contre l’art qui use de la laideur comme arme pour imposer la volonté de l’auteur, ce n’est pas du tout ma tasse de thé."
Que veux-tu laisser, au-delà de la matière ?
"Des émotions ! Pour moi, l’art existe pour générer des émotions. Les objets d'art permettent ce moment unique : ils n’ont pas d’autre utilité que de détourner le regard du quotidien et d’inviter à rêver, à réfléchir, ou simplement à ressentir."
L’art doit-il encore choquer pour exister ?
"Pour moi, choquer n’est pas une finalité. Je préfère jouer avec les idée et l’humour. Par exemple, en créant des fleurs qui reprennent la forme des organes, j’évoque la sexualité et la séduction : on oublie souvent que les fleurs sont en réalité les organes sexuels des plantes. Je ne suis pas contre l’art qui dérange, mais je n’adhère pas à l’idée de choquer par la laideur."
Une mauvaise interprétation de ton travail : tu la portes comment ?
"Je ne parlerais pas de « mauvaise » interprétation du travail artistique, sauf si elle devient vraiment dénigrante pour l’auteur ou l’œuvre. Chacun a sa propre vision, et si quelqu’un interprète mon travail différemment de ce que j’avais imaginé, je m’en réjouis : cela révèle d’autres facettes de ma création et enrichit son univers. En parallèle, je reste très attentive aux critiques, car le feedback est essentiel. Ce qui ne fonctionne pas dans une œuvre aujourd’hui peut nourrir et améliorer la suivante. J’ai toujours travaillé dans cette perspective d’évolution et d’intégration des retours."
Quelle est ta chanson ou musique préférée ? Et pourquoi ?
"J’apprécie beaucoup la musique baroque, en particulier Monteverdi, qui se situe à la frontière entre la Renaissance et le baroque. C’est une période artistique que j’aime profondément, et sa musique, si pure et noble, me transporte à chaque écoute."
Quel est le film qui ta le plus marqué dans ta carrière d'artiste ? Dis nous en plus ?
"Je ne pourrais pas citer un seul film, mais plutôt un réalisateur : Federico Fellini. Son univers m’a profondément marqué. J’aime tout dans son œuvre : l’esthétique, les couleurs, les costumes, la mise en scène, mais aussi ce mélange de réalisme magique et de rêve, parfois flou, qui ouvre la porte à tellement de sens et d’interprétations."