Florence Autelin entre photographie de voyage et peinture intérieure
Florence Autelin construit un univers artistique pluriel où le regard se déploie entre exploration du monde et introspection silencieuse. À travers la photographie et la peinture elle propose un dialogue entre mouvement et contemplation énergie urbaine et calme intérieur. Cette rencontre invite à découvrir une démarche libre curieuse et profondément humaine guidée par le plaisir de créer et de partager.
Qui es-tu, quand tu n’es pas en train de créer ?
Je suis une mère, une amie, une complice tournée vers les autres et occupée à me distraire, me reposer, lire, m’informer, courir, flâner, rêver, manger, rire, partager… une gourmande de la vie qui met sa passion creative sur pause, clic sur off, et reset … et je laisse imbiber la plage blanche intérieure sur laquelle s’imprime un nouveau flux d’inspiration, les idées neuves arrivent, évoluent, les esquisses prennent forme, ensuite j’ai une seule hâte : retrouver mon atelier, mes pinceaux et mes couleurs, le bonheur !
Ta démarche : un cri, un murmure, un silence ?
Dans mes photographies, je suis une globe trotteuse passionnée, une voyageuse depuis 20 ans. Je cours et j’observe pour capter l’instant, l’intention doit être immédiate et pertinente. Les conditions sont plus ou moins confortables, parfois peu favorables, je fais beaucoup de kilomètres à pied avec du matériel lourd à transporter, toute mon énergie et mon attention sont concentrées pour cadrer et saisir l’image la plus belle possible, le message le plus intense et direct, c’est passionnant, le bruit domine souvent dans les grandes villes et j’aime cette frénésie stimulante. Dans mes peintures, je suis en solo, je peux prendre le temps, m’asseoir, regarder et réfléchir à mon intention, c’est un autre voyage, une recherche intérieure apaisante dans le silence de mon atelier, un dialogue plus intime et un écho au chemin déjà parcouru.
Une seule œuvre : laquelle dit tout de toi ? Pourquoi ?
Je n’ai pas une préférence, car tout raconte quelque chose de moi et c’est peut-être ce tout qui en dit le plus. Chaque œuvre est une étape, un franchissement, un fragment de vie nourris de rencontres et d’émotions. Symboliquement les portraits des sadhus photographiés en Inde sont des moments forts ! la femme indienne vêtue de son sari orange entrain de gravir avec détermination les gaths à Varanasi est l’expression parfaite du courage, du non-renoncement. Elle m’inspire toujours autant de réflexion quand je la regarde car son message est puissant : « L’impossible recule toujours quand on avance vers lui »
Pourquoi ce médium ? Qu’est-ce qu’il t’oblige à affronter ?
Pour mes photographies, je choisis des impressions sur des supports de très haute qualité, c’est mon exigence : l’aluminium dibond sous plexiglas ou l’aluminium brossé et les vernis spéciaux laqués sont magnifiques et subliment les couleurs et la profondeur des contrastes. Pour mes peintures, je n’ai pas de limite, j’utilise des techniques mixtes qui peuvent aller de la peinture acrylique aux encres en passant par des médiums et de la résine.
Est-ce que ton œuvre te résiste ? Tu fais quoi quand ça coince ?
Je m’énerve, j’écoute Mozart ou je vais courir… Parfois ça picote !
Une obsession, une influence, un vertige en ce moment ?
Beaucoup de choses nous influencent au quotidien : s’éloigner de cette actualité déprimante et se réfugier dans l’art sous toutes ces formes et partout où il offre son spectacle, dans les rues, les galeries, les musées, la nature, être curieux de tout et de ceux qui nous entourent et chercher ce qui nous fait du bien à tous collectivement.
Ton atelier : laboratoire, refuge, chaos ?
Mon atelier est un lieu particulier : un refuge privilégié, un laboratoire traversé par de grandes variations d’énergie qui sèment parfois le chaos ; c’est organisé, pas vraiment bien rangé mais je m’y retrouve… J’y arrive toujours avec le sourire et du peps !
As-tu déjà douté de ta légitimité ? Que fais-tu de ce doute ?
Bien sûr je doute… c’est normal. Tout artiste doute, c’est indissociable du processus de création. Le doute m’interpelle, joue, me fait trébucher, il est parfois envahissant et très contrariant … Mais il entretient la remise en question et me place sous un autre angle de réflexion, suggérant un nouveau point de vue souvent différent et positif. C’est le chemin pour gagner en confiance.
Une œuvre que tu n’as jamais osé créer ?
La prochaine... Je ne m'impose pas de limites, au contraire, j'aime explorer, découvrir, chercher, me lancer des défis, apprendre quelque chose de neuf, dépasser mes appréhensions, la création n'a pas de frontières.
Que veux-tu laisser, au-delà de la matière ?
Tant mieux s’il y a une trace, mais je n’ai pas une grande ambition à ce sujet… Restera peut-être dans le transport de la matière, le souvenir partiel de l’existence d’un moment de vie et l’évocation d’un langage artistique propre à une époque et à une sensibilité. Ce qui m’intéresse c’est le présent, prendre plaisir dans ce que je fais et le faire bien, apprendre sans cesse, être exigeante, évoluer et me renouveler pour proposer un art authentique et sensible à mes collectionneurs.
L’art doit-il encore choquer pour exister ?
L’art est libre, Iil n’y a pas de règle, cependant choquer délibérément n’est pas mon credo. Je préfère susciter le voyage, les rencontres et des émotions positives. Quelque chose qui fédère autour d’un sujet qui fait rêver, d’une réflexion sur notre lien avec la nature et la poésie, d'une observation sur le graphisme urbain et ce qu’il nous inspire.
Une mauvaise interprétation de ton travail : tu la portes comment ?
Dans l’art, chacun a sa propre vision et une interprétation différente de ce qu’il voit et ressent devant une œuvre. Chaque œuvre soumet une idée, un point de vue, chaque artiste a son style, sa sensibilité et son public. C’est normal, et la critique est logique pourvu qu’elle soit constructive et respectueuse.
Quelle est ta chanson ou musique préférée ? Et pourquoi ?
Il y a mes pépites franco belges : Feu Chatterton Allons voir, Tel un seul homme de Pomme et Pierre Lapointe, Ma meilleure ennemie Stromae et Pomme , et aussi Grand Corps malade, Yves Simon, Souchon, Laviliers, Arno et les yeux de sa mère….Et aussi We are de Haevn, The Avener, Sting, Pink Floyd, Peter Gabriel, Why de Annie Lenox, Neil Young, Simon And Garfunkel, Mozart et quelques autres, évidemment tant d’autres…. Une telle chance d’écouter tous ces merveilleux artistes !
Quel est le film qui ta le plus marqué dans ta carrière d'artiste ? Dis nous en plus ?
J’aime rire, pleurer, et me laisser entraîner dans des thrillers psychologiques, ça va de De Funès à The Artist, en passant par l’inoubliable Grand Bleu, la vie est un long fleuve tranquille d’Etienne Châtiliez, Le fabuleux destin Amélie Poulain, Les Choristes, Dialogue avec mon jardinier, Barry Lyndon, le Molière de Mnouchkine, Douze Hommes en colère, un tramway nommé désir, L’affaire Thomas Crown, Les 3 jours du Condor, Midnight Express, la liste de Schindler, La ligne verte, Le pianiste, Million dollar baby, Almodovar, et tant d’autres… un éventail de talents européens, anglo-saxons, japonais etc… qui nous offrent des univers artistiques formidablement variés et enrichissants.