Fragments d’Orient, Éclats de Femme : L’univers vibrant d’Alix Goor - Eaudalix s’installe au Hangar de Paimbœuf
Pour Alix Goor, l'art n'est pas un choix, mais un état d'être originel, une nature profonde qui s'exprime à travers le pseudonyme fluide et poétique d'eaudalix. Dans l'écrin majestueux du Hangar de Paimbœuf, ouvert sur les horizons de l'estuaire, l'artiste déploie une œuvre habitée d'une puissante sensibilité. Face aux créations minutieuses de sa sœur Inès Van Goor, Alix Goor investit le rez-de-chaussée avec une audace monumentale, transformant l'espace en un théâtre d'émotions pures. Son travail, à la frontière du figuratif et d'une abstraction libérée, célèbre la figure féminine dans toute sa force, sa diversité et ses mystères. À travers des aplats chromatiques d'une grande intensité graphique, eaudalix dialogue directement avec l'âme du spectateur. Elle transcende la toile traditionnelle en s'appropriant des supports textiles et des rideaux fluides qui ondulent au rythme de la Loire visible par les baies vitrées. Intégrant des fragments de textes ibériques et italiens comme des invitations au voyage, la peinture d'Alix Goor se révèle être une fenêtre ouverte sur un monde intérieur généreux, une ode vibrante à l'évasion et à la liberté créatrice.
Pourriez-vous vous présenter en quelques mots et nous dire ce qui vous a menée vers l’univers des Beaux-Arts ?
Je dirais qu’il n’y a pas vraiment un moment ou un chemin qui m’a menée vers les Beaux-Arts. C’est quelque chose qui a toujours été là, en moi, depuis toujours. J’ai souvent cette image un peu symbolique de la fée qui se penche sur le berceau : comme si cet attrait pour la création faisait partie de ma nature profonde. Je n’ai jamais eu à le chercher, ni à m’en éloigner. L’art a toujours fait partie de ma vie, sans interruption. Et avec le temps, je me rends compte que je suis avant tout une artiste : j’aime créer, transformer la matière, explorer. Il y a aussi une grande sensibilité chez moi, et la peinture me permet d’exprimer des choses parfois conscientes, parfois plus enfouies, que j’ai plus de facilité à faire exister à travers les couleurs et la toile.
L’exposition s’intitule « Fragments d’Orient, Éclats de Femme ». Comment votre propre travail résonne-t-il avec ce thème si poétique ?
Cette exposition réunit deux univers qui se répondent, celui de ma sœur Inès Van Goor et le mien. Inès développe un travail nourri par son lien à l’Orient, notamment la Tunisie, avec des références à la géométrie sacrée, au voyage et au symbolisme. De mon côté, je travaille autour de la figure féminine, dans toute sa diversité, sa force et sa sensibilité. Le titre « Fragments d’Orient, Éclats de Femme » fait écho à cela : des fragments de parcours, d’histoires et d’expériences qui se retrouvent dans nos œuvres. Comme des morceaux de nous-mêmes dispersés par les voyages, qui cohabitent aujourd’hui dans un même espace d’exposition.
Cette exposition est placée sous le signe de la couleur, de l’émotion et de l’évasion. Comment ces trois éléments se manifestent-ils dans les œuvres que vous présentez au Hangar ?
La couleur, l’émotion et l’évasion sont trois éléments très étroitement liés dans mon travail. Que ce soit la couleur, la forme, le sujet ou même les matériaux, tout participe à créer une émotion et à ouvrir une forme d’évasion. Et surtout, tout est lié à mon histoire et à mon état d’esprit. J’utilise beaucoup la couleur pour créer un impact visuel et graphique fort. Pour moi, elle est directement génératrice d’émotion, autant pour moi dans le geste que pour le spectateur dans la réception de l’œuvre. L’évasion passe aussi par des détails plus subtils, parfois des mots, des phrases comme « vino, pasta e amore » en italien ou « filtro de amor » en espagnol, qui s’intègrent dans les compositions. Ce sont des éléments qui invitent au voyage. Comme mon travail n’est pas uniquement figuratif, il laisse aussi une ouverture vers autre chose : une sorte de fenêtre sur un monde intérieur, plus sensible et plus libre.
Vous exposez aux côtés de l’artiste Inès Van Goor. Comment s’est construite cette collaboration et comment vos deux univers dialoguent-ils dans l’espace d’exposition ?
Inès Van Goor est ma grande sœur, mais c’est aussi une artiste à part entière avec un univers très fort. Nos travaux sont très différents, tout comme nos personnalités dans la vie, et c’est justement ce qui rend cette collaboration intéressante. C’est la première fois que nous avons eu envie de réunir nos deux univers dans une même exposition. Même s’ils sont distincts, ils partagent un socle commun lié à notre histoire, à nos vies et à nos voyages respectifs. Il y a aussi, chez toutes les deux, une dimension sensible, poétique, parfois symbolique ou spirituelle. Après, nos approches plastiques sont assez opposées. J’ai tendance à travailler de très grands formats, avec des formes plus géométriques et une recherche d’impact visuel, parfois proche de l’abstraction. Inès, elle, développe un travail extrêmement minutieux, très détaillé, presque dans une recherche d’orfèvrerie visuelle. Dans l’espace du Hangar, cela trouve naturellement sa place. Le lieu est très grand, avec une mezzanine et un espace en bas. Inès est installée en hauteur, ce qui correspond parfaitement à la finesse et à la dimension plus intime de son travail, tandis que mes grands formats occupent l’espace du rez-de-chaussée. En circulant dans le lieu, le regard passe de l’un à l’autre : on voit le travail du haut depuis le bas et inversement. Les deux univers ne se mélangent pas, mais ils dialoguent et cohabitent dans un même espace.
Le Hangar, situé Quai Carnot à Paimbœuf, est un lieu chargé d’histoire et ouvert sur l’estuaire. En quoi ce cadre particulier influence-t-il la manière dont le public va percevoir vos œuvres ?
J’ai pensé une partie de mes œuvres en lien direct avec le lieu. Le Hangar, avec ses grands volumes, ses hauts plafonds et sa vue sur la Loire, m’a vraiment permis d’adapter mon travail et d’aller vers des formats plus ambitieux. J’ai notamment travaillé certains éléments sur des supports proches du textile, comme des rideaux, pour faire écho à cette idée de fluidité, en résonance avec le mouvement de l’eau. Quand on ouvre ces rideaux, on découvre une grande baie vitrée donnant directement sur l’estuaire, ce dialogue entre intérieur et extérieur m’a beaucoup inspirée. Ce cadre m’a aussi permis de développer des très grands formats, tout en conservant une certaine légèreté et une forme de respiration dans les œuvres. Il y a quelque chose de très ouvert dans ce lieu, qui influence forcément la manière dont les pièces sont perçues. Je pense que le public sera surpris par l’intensité visuelle et la dimension poétique des œuvres, mais aussi par leur manière de dialoguer avec l’espace et avec le paysage extérieur. Cette présence de la nature, déjà très forte dans le lieu, résonne aussi avec mes motifs, notamment les éléments floraux, mais aussi avec l’univers d’Inès à l’étage. Au final, ce lieu m’a vraiment poussée à explorer de nouvelles choses, à aller plus loin dans les formats et dans l’installation. C’est un espace qui permet de se dépasser et de créer autrement.
Le vernissage a lieu ce vendredi 3 juillet à 18h, et l’exposition dure tout l’été jusqu’au 7 septembre. Quel message aimeriez-vous adresser à ceux qui hésitent encore à pousser la porte du Hangar ?
C’est un lieu chaleureux, ouvert et non intimidant, même avec des œuvres de grands formats. L’expérience y est très immersive, notamment grâce à la couleur et à la relation directe avec le paysage de la Loire. Le Hangar est idéalement situé, sur un axe de promenade très fréquenté. C’est un lieu de passage, où l’on peut s’arrêter librement : pour quelques minutes ou plus longtemps, en flânant, en famille ou entre amis. L’entrée est libre et gratuite, ce qui rend l’accès à l’exposition très spontané. L’idée, c’est de pouvoir associer la découverte artistique à un moment de balade, dans un cadre vivant et accessible à tous. C’est aussi l’occasion de découvrir le travail de deux artistes très différentes, Inès Van Goor et moi-même, réunies dans une même exposition : deux univers singuliers qui dialoguent et qui, ensemble, valent vraiment le détour. Et pour ceux qui ont un coup de cœur, les œuvres sont également proposées à la vente, ce qui permet de prolonger l’expérience au-delà de la visite.