Interview Ninu : art, sérénité et nature engagée
Artiste aux multiples facettes, Ninu incarne un équilibre singulier entre force et sensibilité. Chef de brigade en police municipale depuis près de vingt ans, elle trouve dans la création artistique un refuge, une quête de sérénité après des nuits d’intervention souvent intenses. Ses sculptures et peintures, tantôt gourmandes et ludiques, tantôt profondes et engagées, révèlent une personnalité entière, guidée par l’authenticité et le désir de donner du sens. Dans cet entretien, Ninu nous ouvre les portes de son univers, entre vie de famille, rigueur professionnelle et passion pour l’art, avec une volonté forte : transformer ses émotions et ses convictions en œuvres vivantes.
Qui es-tu, quand tu n’es pas en train de créer ?
Quand je ne suis pas en création, je passe mes journées à m'entraîner, le sport est plus que nécessaire pour moi. Je cuisine aussi énormément pour mon mari et notre fille de 10ans. Ah et surtout je gère une équipe d'intervention-nuit en police municipale où j'exerce en tant que Chef de Brigade dans le 94. Je suis policier depuis près de 20 ans maintenant.
Ta démarche : un cri, un murmure, un silence ?
Une quête de sérénité. Après certaines nuits d'intervention sur le terrain ou des journées très chargées, retrouver les pinceaux et le calme des couleurs devient nécessaire. Comme une recherche de tranquillité, un doux exutoire.
Une seule œuvre : laquelle dit tout de toi ? Pourquoi ?
Ma sculpture CROCK DE TOI ORIGIN. Il est gourmand, simple, pas de tralala. Il est ce que l'on voit de lui. Il me ressemble beaucoup.
Est-ce que ton œuvre te résiste ? Tu fais quoi quand ça coince ?
Ca arrive très souvent. J'aime à penser que mes œuvres ont déjà leurs propres personnalités. Quand ça coince, j'ai tendance à laisser un peu de temps passer, je réfléchis, j'analyse, je tache de comprendre pourquoi ça ne marche pas jusqu'au moment où je me donne une autre chance d'y arriver. Très souvent ça fonctionne.
Une obsession, une influence, un vertige en ce moment ?
Les animaux en voie de disparition! Je change de domaine et je ralentis un peu la création des sculptures pour revenir à mes premiers amours... les tableaux! Je suis sur un nouveau projet de création mettant en lumière les animaux en voie de disparition. J'ai besoin de donner un sens encore plus profond à ma démarche artistique et j'ai cette envie de jouer un rôle dans leur préservation, même minuscule. Je vais prochainement offrir une de mes nouvelles œuvres à une somptueuse association animale lors d'une enchère caritative. J'aimerai travailler avec ces associations plus régulièrement à l'avenir.
Ton atelier : laboratoire, refuge, chaos ?
Mon atelier? C'est littéralement ma maison. Imaginez un foyer où votre enfant fait ses devoirs sur la table basse du salon, un plat mijote dans la cuisine ouverte et sur la grande table normalement destinée à diner, trône une multitude d'œuvres en attente d'expédition. Tout ce petit chaos s'ouvrant sur un jardin avec une vue sur les champs de blé. Une douzaine de poules, un chien, un chat, un lapin rescapé et deux tortues évoluant au milieu de sculptures en cours de séchage... Vous êtes chez moi! C'est plus qu'un foyer ou un atelier, c'est ma bulle!
As-tu déjà douté de ta légitimité ? Que fais-tu de ce doute ?
Une bonne dizaine de fois par semaine, au moins! Mais c'est aussi une remise en question permanente pour être sure de ne pas me perdre. Je ne veux pas faire ce que le "marché" attend. Je veux créer selon mes convictions et rien d'autre. Quand je doute trop fort? Je pars m'entraîner! Rien de mieux qu'une dose d'endorphine pour remettre les idées en place.
L’art doit-il encore choquer pour exister ?
De bien ou de mal, pourvu qu'on en parle! Je ne sais pas si l'art DOIT choquer mais s'il arrive de choquer alors pourquoi pas tout en restant dans le respect de chacun, à mon avis.
Une œuvre que n’as jamais osé créer ?
Aucune! J'ose tout ce qui me passe par la tête. Ça prend plus ou moins de temps par contre car certaines de mes idées sont onéreuses à mettre en place mais je finis toujours par les réaliser. Par contre, je me refuse à utiliser les logos de marque de luxe pour vendre mon travail, cette manière de travailler ne me ressemble pas. Je souhaite que mon art se remarque uniquement par sa qualité de réalisation et non par des marques utilisées, sans leur consentement qui plus est.
Une mauvaise interprétation de ton travail : tu la portes comment ?
L'interprétation finale de mon travail ne m'appartient pas. Chacun est libre d'interpréter l'art selon ses convictions, ses croyances, sa vie, ses expériences de vie ou encore sa personnalité. Je ne suis là que pour créer! Le reste est entre vos mains!