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Marianne Quinzin une peinture en mouvement entre cri murmure et silence

Marianne Quinzin développe une peinture intuitive et évolutive nourrie par l’observation du quotidien et par une attention fine aux matières aux rythmes et aux couleurs. Son travail se situe dans un espace intermédiaire entre abstraction et figuration laissant au regardeur une grande liberté d’interprétation. Cette rencontre invite à découvrir une démarche engagée où la peinture devient un chemin de vie et un espace de respiration.

Qui es-tu, quand tu n’es pas en train de créer ?

Je suis en veille permanente. Quand je ne crée pas, je suis celle qui observe le monde, qui capte des bribes de conversations dans le bus, qui marche en ville ou dans la nature en emmagasinant des couleurs, des lumières et des ambiances sonores. Très attachée aux actions du quotidien et à mon environnement direct, j’organise, je range, je réaménage … mais même dans ces gestes très ordinaires, il y a souvent une attention aux matières, aux couleurs, aux rythmes. Ce sont des moments où les idées se posent sans que je les force, où des solutions picturales apparaissent alors que, justement, je ne suis pas en train de peindre. Je cuisine aussi beaucoup, parce que, comme en peinture, il y est question de générosité et de partage. Et je prends surtout le temps d’être avec mes proches, les personnes que j’aime, qui restent mon essentiel.

Ta démarche : un cri, un murmure, un silence ?

Un cri, d’abord, parce que la peinture est une urgence. C’est le moyen le plus direct que j’ai trouvé pour dire ce qui déborde, ce qui ne trouve pas sa place dans les mots. La couleur, la matière, le geste rapide ou heurté sont des formes de libération. Un murmure, ensuite, parce que je travaille aussi dans la nuance, dans ce qui se suggère plutôt que ce qui s’impose. J’aime laisser des zones d’ombre, des passages à interpréter, comme une voix intérieure qui se devine. Et enfin un silence, parce que chaque toile est aussi un espace de pause. Le silence, c’est le moment où l’on se tient face à l’œuvre et où quelque chose se dépose, se calme. Il y a dans mes tableaux des blancs, des respirations, des suspensions qui invitent à l’intime, à l’écoute de soi. Ma démarche se construit dans cette oscillation permanente entre l’intensité du cri, la douceur du murmure et la profondeur du silence.

Une seule œuvre : laquelle dit tout de toi ? Pourquoi ?

Celle qui me représente le plus est sans doute celle que je n’ai pas encore réalisée, parce qu’elle contient en creux toutes les recherches passées ou en cours, les couleurs à venir et les paysages intérieurs encore non explorés.

Pourquoi ce médium ? Qu’est-ce qu’il t’oblige à affronter ?

Je ne me limite à aucun médium. Mes œuvres sont principalement réalisées en techniques mixtes : tout est envisageable. Les seules règles qui s’appliquent sont celles que je choisis et que j’ai éprouvées au fil de mes expérimentations.

Est-ce que ton œuvre te résiste ? Tu fais quoi quand ça coince ?

Oui, parfois l’œuvre résiste, et c’est même souvent là que quelque chose d’important se joue. Quand ça bloque, je ne lâche pas tout de suite : je me bagarre avec la toile, je ponce, je gratte, je cherche le point de bascule plutôt que la solution immédiate. En parallèle, j’ai toujours plusieurs pièces en cours, ce qui me permet de circuler d’une œuvre à l’autre au lieu de m’acharner sur une seule. Quand vraiment ça coince, je laisse poser. Je m’éloigne, je vis autre chose, et je reviens plus tard avec un autre regard. Face à une toile récalcitrante, je n’hésite pas à laver, effacer, recouvrir. Gratter, cacher, reconstruire par couches successives fait partie du processus : l’accident, la trace effacée ou le recouvrement deviennent alors la matière même de l’œuvre.

Une obsession, une influence, un vertige en ce moment ?

Mon obsession: douter, changer, recommencer. Je résiste à toute identité artistique figée ou trop clairement définie. Je me tiens volontairement dans un état de questionnement permanent : je doute, je reviens sur mes certitudes, je déplace sans cesse mon propre regard. Le doute est, pour moi, la matière même de la création. J’assume pleinement l’éclectisme, le mélange des influences, le droit au décalage et au changement. Mon travail avance par déplacements successifs plutôt que par adhésion à une seule et même “case” esthétique.

Ton atelier : laboratoire, refuge, chaos ?

On peut dire de mon atelier qu’il est à la fois laboratoire, refuge et bazar organisé. Laboratoire, parce que j’y mène sans cesse des expériences picturales, j’y teste des matières, des couleurs et des formats comme dans un vrai « labo créatif ». Refuge, parce que c’est un espace chaleureux, bienveillant et ressourçant, où je me recentre et où j’accompagne mes élèves dans un cadre sécurisant. Enfin, c’est un bazar organisé plutôt qu’un chaos : tout y est vivant, accumulé, en mouvement, mais chaque chose trouve sa place au service de la création.

As-tu déjà douté de ta légitimité ? Que fais-tu de ce doute ?

Ai-je déjà douté de ma légitimité ? Pendant des années. Il m’a fallu un temps fou pour m’autoriser à peindre, à me reconnaître comme artiste. Aujourd’hui, je doute encore, mais plus jamais de ma place. Ma légitimité n’est plus négociable ! La peinture n’est pas un hobby, c’est un chemin de vie. Un engagement pour toute une existence.

Une œuvre que tu n’as jamais osé créer ?

Une œuvre vraiment monumentale. Ce n’est pas l’audace qui me manque, mais très concrètement la place et les moyens. Mon atelier est trop petit pour accueillir des formats démesurés, ceux qui prennent tout l’espace, le mur, le sol, et même le corps. J’ai souvent imaginé une pièce immersive, où l’on ne regarde plus un tableau mais où l’on entre dans la peinture, physiquement. En même temps, je suis quelqu’un de très pragmatique. Je peins pour que les œuvres sortent de l’atelier, entrent chez les gens et s’intègrent à leur quotidien. Ce qui m’importe, c’est la façon dont une peinture peut accompagner une vie, éclairer un espace. J’aime que l’art vive dans les maisons, au milieu du réel, et qu’il illumine le quotidien de celles et ceux qui l’accueillent.

Cabane au bord de l'eau" - Couteau et au pinceau sur toile - 100 x 100 cm

Que veux-tu laisser, au-delà de la matière ?

Une trace de mon passage, peut-être… Mais pour être honnête, je ne suis pas vraiment dans ce type de questionnement. Je suis davantage dans l’action et dans le présent, et ce qui m’importe surtout, c’est la reconnaissance de mon travail aujourd’hui, par les personnes qui le voient, le vivent et l’apprécient.

L’art doit-il encore choquer pour exister ?

On est saturé de provocations et d’images violentes, le choc en lui-même ne garantit ni profondeur ni originalité. L’art peut exister pleinement en proposant autre chose : de la nuance, de la subtilité, de l’émotion, de la beauté, de la réflexion. Ce qui compte, c’est la capacité de l’œuvre à transformer notre regard, à nous faire sentir ou comprendre le monde autrement, même de manière douce ou silencieuse.

Une mauvaise interprétation de ton travail : tu la portes comment ?

Pour moi, il n’y a pas de mauvaise interprétation, seulement des regards différents qui viennent enrichir l’œuvre. Quand quelqu’un voit autre chose que ce que j’avais en tête, ce n’est pas une erreur, c’est une histoire supplémentaire qui naît à partir du tableau. Mon travail se situe justement dans ces espaces intermédiaires, entre abstraction et figuration, pour laisser au spectateur la liberté de projeter ses propres souvenirs, émotions et paysages intérieurs. Ce qui m’intéresse le plus, ce n’est pas d’imposer un récit, mais de savoir ce que la personne ressent et ce qu’elle voit. À partir du moment où une œuvre provoque une émotion ou un imaginaire, même très éloignés de mon intention de départ, alors l’interprétation trouve pleinement sa place.

Quelle est ta chanson ou musique préférée ? Et pourquoi ?

Mes goûts musicaux sont variés et éclectiques, mais le rock reste au cœur de mes écoutes, avec une préférence marquée pour des artistes et groupes comme David Bowie, Bruce Springsteen, Oasis ou encore Green Day. J’écoute aussi du jazz, de la variété, et de la musique classique. J’aime avant tout que la musique m'emmène ailleurs. Un morceau particulièrement: “Under pressure” Queen et David Bowie

Quel est le film qui ta le plus marqué dans ta carrière d'artiste ? Dis nous en plus ?

Le film que je retiens est Paris, Texas de Wim Wenders. Ce film a réellement nourri mon regard de peintre. Ce qui me m'a marqué avant tout, ce sont l’étendue des paysages, les couleurs et la manière dont l’espace est cadré. Les compositions, les lignes de fuite, la lumière, tout y est pensé comme une image à part entière. Chaque plan pourrait presque être une peinture autonome.

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