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Optimisation fiscale dirigeant : guide complet 2025

Optimisation fiscale du dirigeant
Optimisation fiscale du dirigeant

L'optimisation fiscale du dirigeant est souvent réduite à un seul arbitrage : faut-il se verser un salaire ou des dividendes ? Cette question, bien que légitime, ne représente qu'une fraction de l'enjeu réel. Un dirigeant de PME supporte simultanément une fiscalité professionnelle et une fiscalité personnelle qui s'alimentent mutuellement. Optimiser l'une sans piloter l'autre revient à traiter un symptôme en ignorant la pathologie sous-jacente.

L'optimisation fiscale du dirigeant est souvent réduite à un seul arbitrage : faut-il se verser un salaire ou des dividendes ? Cette question, bien que légitime, ne représente qu'une fraction de l'enjeu réel. Un dirigeant de PME ou de ETI supporte simultanément une fiscalité professionnelle (IS, cotisations sociales, TVA) et une fiscalité personnelle (IR, IFI, droits de succession) qui s'alimentent mutuellement. Optimiser l'une sans piloter l'autre revient à traiter un symptôme en ignorant la pathologie sous-jacente. Ce guide traite l'optimisation fiscale du dirigeant comme ce qu'elle est : un système de décisions interdépendantes, à calibrer selon le statut juridique, le stade de développement de l'entreprise et les objectifs patrimoniaux personnels.

Pourquoi l'optimisation fiscale du dirigeant ne se résume pas au couple salaire/dividendes

L'arbitrage salaire/dividendes est le point d'entrée naturel de toute réflexion sur la fiscalité du dirigeant. Mais s'y limiter revient à optimiser une variable tout en laissant les autres se dégrader. La rémunération nette disponible d'un dirigeant dépend de cinq décisions simultanées : la structure juridique de la société, le statut social du dirigeant, le niveau et la forme de rémunération, les enveloppes d'épargne mobilisées, et la stratégie patrimoniale globale. Modifier l'une sans ajuster les autres produit des effets de bord coûteux.

L'erreur de la lecture sectorielle : optimiser la rémunération sans vision patrimoniale

Un dirigeant qui maximise ses dividendes pour bénéficier du prélèvement forfaitaire unique (PFU à 30 %) réduit certes sa fiscalité immédiate sur les revenus. Mais il se constitue simultanément des droits à retraite insuffisants, une protection sociale dégradée en cas d'arrêt d'activité, et un patrimoine personnel peu diversifié — concentré sur la valeur de sa société. Si cette société perd de la valeur, l'ensemble de sa situation patrimoniale se dégrade en même temps. L'optimisation sectorielle crée une fragilité systémique que seule une vision globale permet d'éviter.

Les trois dimensions à intégrer simultanément : rémunération, structure juridique, stratégie personnelle

La première dimension est la rémunération directe : salaire, dividendes, remboursement de frais, avantages en nature. La deuxième est la structure juridique : statut de la société (SAS, SARL, SA), régime fiscal (IS ou IR), existence ou non d'une holding. La troisième est la stratégie patrimoniale personnelle : objectifs de retraite, protection du conjoint, transmission d'entreprise, diversification hors activité professionnelle. Ces trois dimensions forment un système : toute modification de l'une impacte les deux autres.

Le poids réel de la fiscalité sur le revenu disponible net du dirigeant

Pour mesurer l'efficacité d'une stratégie de rémunération, l'indicateur pertinent n'est pas le taux marginal d'imposition ni le niveau de charges sociales pris isolément : c'est le revenu disponible net rapporté au coût total supporté par la société. Exemple concret : pour 100 k€ de résultat disponible dans une SAS à l'IS, verser 100 k€ en salaire brut représente environ 55 k€ de coût charges comprises pour la société et génère environ 28 k€ de net après IR (TMI 41 %) — soit un taux de transformation de 28 %. Verser 100 k€ en dividendes après IS (IS à 25 % = 75 k€ distribuables) génère environ 52 k€ nets après PFU (30 %) — soit un taux de transformation de 52 %. L'écart est considérable à court terme, mais le scénario dividendes ne génère ni droits à retraite ni protection sociale. L'arbitrage doit intégrer cette dimension sur 20 ou 30 ans.

Étape 1 — Diagnostiquer sa situation avant d'optimiser

Avant d'activer le moindre levier d'optimisation, un diagnostic précis de la situation du dirigeant est indispensable. Ce diagnostic porte sur trois axes : le régime fiscal de la société, le statut social du dirigeant, et les deux variables personnelles déterminantes — tranche marginale d'imposition et capacité d'épargne.

Statut juridique et régime fiscal de la société (IS vs IR)

Le régime fiscal de la société conditionne l'ensemble de la stratégie. À l'IS, le résultat de la société est taxé au niveau de la structure (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà) avant toute distribution. Le dirigeant n'est imposé personnellement que sur ce qu'il extrait de la société — salaire ou dividendes. Ce mécanisme crée un espace de capitalisation fiscalement avantageux : les bénéfices non distribués s'accumulent dans la société à l'IS, sans imposition personnelle immédiate. À l'IR (EURL, SNC, société de personnes), le résultat est intégré directement dans le revenu imposable du dirigeant, qu'il soit distribué ou non — ce qui supprime cet espace de capitalisation mais simplifie la structure.

Statut social du dirigeant (TNS vs assimilé salarié) : ce que ça change vraiment

Le statut social est l'une des variables les plus impactantes sur le revenu net du dirigeant, et l'une des moins bien comprises. Le travailleur non salarié (TNS) — gérant majoritaire de SARL, entrepreneur individuel — paie des cotisations sociales d'environ 40 à 45 % de sa rémunération nette, pour une protection sociale inférieure au régime général : retraite de base plus faible, indemnités journalières plafonnées, pas de chômage. L'assimilé salarié — président de SAS, gérant minoritaire de SARL — supporte des charges sociales patronales et salariales d'environ 75 à 80 % du salaire brut, mais bénéficie du régime général de Sécurité sociale et d'une retraite complémentaire AGIRC-ARRCO plus favorable.

La question du choix entre SAS et SARL (donc entre assimilé salarié et TNS) ne peut pas se trancher uniquement sur les cotisations sociales. Elle dépend du niveau de rémunération envisagé, des objectifs de retraite, de la présence ou non d'associés, et de la stratégie de sortie. Un dirigeant qui prévoit une rémunération annuelle inférieure à 50 k€ sera souvent mieux protégé en statut TNS à coût comparable. Au-delà de 150 k€, le statut assimilé salarié peut redevenir compétitif grâce aux avantages du régime général et aux possibilités de compléments de prévoyance collective.

Critère

Salaire (TNS)

Salaire (AS)

Dividendes

Charges sociales

~45 % (TNS)

~80 % (AS)

17,2 % PS

Fiscalité IR

Barème progressif

Barème progressif

PFU 12,8 % ou barème

Droits retraite

Oui (base + compl.)

Oui (régime général)

Non

Protection sociale

Moyenne

Élevée

Aucune

Déductibilité IS

Oui (charge)

Oui (charge)

Non (résultat après IS)

Comparatif indicatif — à simuler selon la situation individuelle

Tranche marginale d'imposition et capacité d'épargne : les deux variables clés

La TMI du dirigeant détermine l'efficacité de la majorité des leviers d'optimisation. En dessous de 30 %, l'intérêt du PER ou de la déduction des cotisations Madelin est limité. À 41 % ou 45 %, chaque euro déduit du revenu imposable génère une économie fiscale immédiate significative. La capacité d'épargne — c'est-à-dire la part du revenu que le dirigeant peut immobiliser à moyen ou long terme sans contrainte de liquidité — conditionne quant à elle l'arbitrage entre enveloppes de capitalisation (PER, assurance-vie, épargne salariale) et rémunération disponible immédiatement.

Les leviers de rémunération directe et leur optimisation

Les leviers de rémunération directe sont les plus visibles, mais leur optimisation réelle nécessite de raisonner en coût global — charges comprises — et en revenu disponible net après IR, pas en montants bruts.

Salaire : calibrer le bon niveau selon le statut social et la TMI

Le salaire est la forme de rémunération la plus coûteuse en charges sociales, mais aussi la seule qui génère des droits à retraite et une protection sociale. La stratégie optimale consiste rarement à maximiser ou minimiser le salaire, mais à le calibrer précisément. Pour un dirigeant assimilé salarié à l'IS, un salaire annuel brut compris entre 40 k€ et 80 k€ permet généralement de rester dans la tranche à 30 % d'IR tout en constituant des droits à retraite satisfaisants. Au-delà, l'alourdissement de la TMI et des charges sociales plaide pour orienter le surplus vers d'autres enveloppes — PER, dividendes, épargne salariale.

Pour un TNS, la logique est différente : les cotisations sociales sont calculées sur le revenu net professionnel, et il existe un plancher de cotisations même en l'absence de rémunération. Verser une rémunération trop faible ne supprime pas les charges minimales, mais réduit les droits sociaux — une combinaison défavorable.

Dividendes : flat tax vs option au barème — simulation selon le profil

Depuis l'introduction du PFU (prélèvement forfaitaire unique) en 2018, les dividendes perçus par un dirigeant actionnaire sont taxés par défaut à 30 % — 12,8 % d'IR et 17,2 % de prélèvements sociaux. L'option pour le barème progressif reste possible lors de la déclaration annuelle et peut s'avérer avantageuse pour les foyers dont le taux moyen d'imposition est inférieur à 12,8 % — typiquement, les dirigeants à faibles revenus ou disposant de charges déductibles importantes.

Simulation : un dirigeant de SAS, marié, deux enfants, perçoit 60 k€ de dividendes en plus d'un salaire de 60 k€. Son quotient familial ramène son TMI à 30 %. Avec le PFU, les dividendes sont taxés à 30 % = 18 k€. Avec le barème (en ajoutant les dividendes au revenu imposable), le taux moyen sur le supplément dépasse 30 % compte tenu de la progressivité — le PFU est ici plus favorable. En revanche, un dirigeant célibataire sans enfant avec un faible salaire (20 k€) et 30 k€ de dividendes pourrait bénéficier de l'option barème si son taux moyen réel est inférieur à 12,8 %. La simulation annuelle est obligatoire — le choix se fait irrémédiablement à la déclaration.

Compte courant d'associé rémunéré : avantages et limites

Le compte courant d'associé (CCA) rémunéré permet au dirigeant de prêter des fonds à sa société et de percevoir des intérêts déductibles du résultat de la société (dans la limite du taux légal fixé par arrêté — environ 3,5 % en 2024). Ces intérêts sont imposés à la flat tax (30 %) dans le patrimoine personnel du dirigeant. C'est un levier d'optimisation modeste mais simple à mettre en oeuvre, particulièrement utile lorsque la société a des besoins de trésorerie que le dirigeant peut financer temporairement. Limite principale : le CCA n'est pas assimilable à du salaire, ne génère aucun droit social, et le capital prêté reste exposé au risque de défaillance de la société.

Remboursement de frais professionnels : périmètre exact et risques de requalification

Le remboursement de frais professionnels réels (déplacements, repas d'affaires, matériel, bureau à domicile) constitue une rémunération nette de charges et d'impôt pour le dirigeant — à condition que ces frais soient réels, documentés et proportionnés. La jurisprudence fiscale est abondante sur les remboursements de frais abusifs : véhicules personnels facturés intégralement à la société, repas sans lien justifié avec l'activité, charges mixtes (internet, téléphone) sans ventilation pro/perso. Le risque de requalification en revenus distribués est réel : les sommes requalifiées sont soumises à l'IR au barème + cotisations sociales + pénalités.

Les leviers d'épargne et de capitalisation

Les leviers d'épargne permettent au dirigeant de transformer une charge fiscale en capital différé, avec des effets cumulatifs considérables sur le long terme. Ils sont systématiquement sous-utilisés, notamment par les TNS qui méconnaissent les plafonds disponibles.

PER individuel et PER d'entreprise : déductibilité et stratégie de sortie

Le plan d'épargne retraite (PER) est l'outil d'optimisation fiscale le plus puissant disponible pour le dirigeant à TMI élevée. Les versements volontaires sur un PER individuel sont déductibles du revenu imposable dans la limite de 10 % des revenus professionnels nets (plafond 2024 : 35 194 €). Pour un dirigeant à TMI de 41 %, chaque euro versé génère 0,41 € d'économie fiscale immédiate — soit un rendement garanti de 41 % avant toute performance financière.

Le PER d'entreprise (PERO, ex-article 83) permet à l'entreprise de financer des cotisations de retraite supplémentaire au bénéfice du dirigeant salarié, déductibles du résultat de la société et exonérées de charges sociales dans certaines limites (8 % de la rémunération annuelle brute, plafonnée à 8 fois le PASS). Pour un dirigeant assimilé salarié de SAS, la combinaison PER individuel + PERO peut représenter une déduction totale de 50 à 70 k€ par an selon le niveau de rémunération. La stratégie de sortie (rente ou capital) doit être anticipée : le capital est imposable à l'IR au moment du déblocage, mais à une TMI généralement plus faible qu'en activité.

Contrat Madelin et retraite TNS : ce qui reste pertinent

Depuis la création du PER, les contrats Madelin (retraite et prévoyance des TNS) ont perdu une partie de leur attrait pour la retraite — le PER individuel offre plus de souplesse (sortie en capital possible, déblocages anticipés). Néanmoins, le volet prévoyance du Madelin reste pleinement pertinent pour les TNS : les cotisations de prévoyance complémentaire (garantie incapacité, invalidité, décès) sont déductibles du revenu imposable dans la limite de 3,75 % du revenu professionnel + 7 % du PASS. Pour un TNS dont la protection sociale obligatoire est limitée, ce levier est à la fois fiscal et patrimonial.

Épargne salariale : intéressement, participation, PEE, PERCO

L'épargne salariale est un levier souvent négligé par les dirigeants de TPE-PME, alors qu'elle offre une efficacité fiscale et sociale exceptionnelle. Depuis la loi PACTE, les entreprises de moins de 50 salariés peuvent mettre en place un accord d'intéressement simplifié. Les sommes versées au titre de l'intéressement sont déductibles du résultat de la société, exonérées de charges sociales patronales (hors forfait social de 20 % pour les entreprises de plus de 250 salariés), et exonérées d'IR pour le bénéficiaire si investies sur un PEE ou PERCO pendant 5 ans.

Exemple chiffré : un dirigeant assimilé salarié de SAS verse 10 000 € d'intéressement à son propre bénéfice. La société déduit 10 000 € de son résultat imposable (économie IS = 2 500 € à 25 %). Le dirigeant n'est pas imposé à l'IR sur ces sommes si elles sont placées sur un PEE. Coût net pour la société : 7 500 €. Valeur nette reçue par le dirigeant : 10 000 € (après 5 ans de blocage). L'efficacité de ce levier est maximale pour les dirigeants à TMI de 41 % ou 45 %.

Assurance-vie et capitalisation patrimoniale hors entreprise

L'assurance-vie reste un outil de capitalisation long terme incontournable dans le patrimoine du dirigeant, non pas pour son rendement (les fonds euros sont proches de 3 % en 2024) mais pour ses avantages structurels : fiscalité sur les gains uniquement en cas de rachat, transmission hors succession jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire (primes versées avant 70 ans), souplesse de gestion. Pour un dirigeant qui constitue une épargne patrimoniale hors structure professionnelle, l'assurance-vie en unités de compte est le complément naturel du PER — le PER optimise la fiscalité à l'entrée, l'assurance-vie optimise la transmission et la liquidité.

La holding comme levier d'optimisation fiscale structurelle

La holding patrimoniale est le levier d'optimisation fiscale le plus puissant pour les dirigeants dont la société génère des bénéfices significatifs. Elle permet de centraliser la détention des parts de la société opérationnelle, de faire remonter des dividendes avec une fiscalité quasi nulle, et de réinvestir ces capitaux dans d'autres actifs sans imposition immédiate. Son intérêt n'est pertinent qu'à partir d'un certain seuil de bénéfices — généralement au-delà de 100 k€ de résultat annuel disponible à la distribution.

Principe du régime mère-fille et remontée de dividendes fiscalement allégée

Lorsqu'une holding détient au moins 5 % du capital d'une filiale, les dividendes versés par la filiale à la holding bénéficient du régime mère-fille : 95 % des dividendes sont exonérés d'IS au niveau de la holding, seule une quote-part de frais et charges de 5 % restant imposable. Concrètement, sur 100 k€ de dividendes remontés de la filiale à la holding, seuls 5 k€ sont soumis à l'IS (soit environ 1 250 € d'IS à 25 %). Le solde — 98 750 € — reste disponible dans la holding pour être réinvesti. Sans holding, ces mêmes 100 k€ auraient d'abord été soumis à l'IS dans la filiale, puis taxés à nouveau à 30 % (PFU) lors de la distribution au dirigeant personne physique.

Apport-cession (art. 150-0 B ter) : report d'imposition et réinvestissement

L'apport-cession est le mécanisme fiscal central de toute stratégie de cession d'entreprise anticipée. Le principe : le dirigeant apporte les titres de sa société opérationnelle à une holding qu'il contrôle, avant de céder ces titres à un acquéreur. La plus-value d'apport est placée en report d'imposition (article 150-0 B ter du CGI) — elle n'est pas imposée immédiatement. Le produit de cession est réinvesti dans la holding, qui dispose alors d'un capital important à réinvestir dans de nouveaux actifs (immobilier, autres sociétés, fonds, etc.). Le report est maintenu tant que les fonds sont réinvestis dans des emplois éligibles dans les deux ans suivant la cession (au moins 60 % du produit net de cession). L'imposition définitive intervient uniquement lors de la cession ultérieure des actifs de réemploi — souvent des années plus tard, dans un contexte fiscal potentiellement différent.

Ce mécanisme est particulièrement puissant pour un dirigeant cédant une société valorisée plusieurs millions d'euros : la plus-value peut représenter 1 à 5 M€, imposable à 30 % en l'absence de dispositif — soit 300 k€ à 1,5 M€ d'impôt différé le temps du réinvestissement.

Arbitrer entre holding IS et détention en nom propre

La holding n'est pas systématiquement avantageuse. Elle engendre des coûts de fonctionnement (comptabilité, formalités, capital minimum), une complexité juridique et une moindre flexibilité pour les prélèvements personnels du dirigeant. Elle est pertinente lorsque : les bénéfices de la filiale excèdent les besoins de rémunération du dirigeant (capitaux à réinvestir), lorsqu'une cession est envisagée à moyen terme, ou lorsqu'une diversification patrimoniale structurée est souhaitée. En dessous de 80-100 k€ de résultat annuel, les coûts de structuration dépassent souvent les avantages fiscaux.

Adapter la stratégie fiscale selon le stade de développement

L'optimisation fiscale optimale pour un dirigeant de 35 ans en phase de croissance est structurellement différente de celle d'un dirigeant de 55 ans préparant sa cession. La variable temps est le paramètre le plus négligé dans les analyses de rémunération — et pourtant l'un des plus déterminants.

Phase de croissance : capitaliser dans la structure, minimiser les sorties

En phase de croissance, l'objectif principal est de maximiser les ressources disponibles pour financer le développement de l'entreprise. La stratégie fiscale optimale consiste à se verser un salaire calibré aux besoins personnels réels (couverture du train de vie + épargne de précaution), à limiter les dividendes pour préserver la trésorerie de la société, et à capitaliser les bénéfices dans la structure à l'IS (15-25 %) plutôt que de les distribuer et les imposer à 30 % supplémentaires. Le PER doit être ouvert et alimenté dès cette phase pour cumuler des années d'avantage fiscal.

Phase de maturité : extraire intelligemment, construire le patrimoine personnel

Lorsque l'entreprise génère des flux stables et que les besoins de réinvestissement se stabilisent, la stratégie se réoriente vers l'extraction optimisée et la construction d'un patrimoine personnel diversifié. Les dividendes peuvent être augmentés progressivement, en arbitrant annuellement entre PFU et barème. L'épargne salariale devient particulièrement efficace. La holding peut être envisagée pour réinvestir les excédents sans imposition personnelle immédiate. C'est également la phase où la diversification hors entreprise devient urgente : concentrer 80 % de son patrimoine dans la valeur de sa société est un risque de concentration que seule une politique d'extraction et de réinvestissement régulière peut réduire.

Phase de cession : préparer la sortie fiscalement

La cession d'entreprise est l'événement patrimonial le plus significatif de la vie d'un dirigeant — et celui qui requiert la préparation fiscale la plus longue. Trois dispositifs majeurs méritent d'être anticipés plusieurs années avant la cession effective. Le pacte Dutreil (articles 787 B et 787 C du CGI) permet une exonération de 75 % des droits de donation ou de succession sur les titres d'entreprise transmis dans le cadre familial, sous conditions d'engagement de conservation. L'apport-cession (art. 150-0 B ter, déjà décrit) permet de différer l'imposition de la plus-value. La donation-cession permet de transmettre des titres avant cession à des enfants qui réalisent la vente : la plus-value est calculée à partir de la valeur au moment de la donation, potentiellement nulle si la donation précède immédiatement la cession — un mécanisme d'une efficacité redoutable, soumis à un délai entre donation et cession pour éviter la requalification en abus de droit.

Les erreurs fréquentes et les risques à anticiper

Les erreurs d'optimisation fiscale ne se manifestent pas immédiatement : elles s'accumulent silencieusement pendant des années avant de produire des effets — lors d'un contrôle fiscal, d'un divorce, d'une incapacité, ou d'un départ à la retraite.

Suroptimiser les dividendes au détriment de la protection sociale

La tentation de maximiser les dividendes pour bénéficier du PFU (30 %) plutôt que de se verser un salaire chargé est compréhensible à court terme. Elle devient une erreur stratégique sur 20 ans. Un dirigeant qui se verse 20 k€ de salaire et 100 k€ de dividendes chaque année pendant 20 ans disposera à 65 ans de droits à retraite calculés sur la base de ses cotisations effectives — soit des droits très faibles. Pour compenser, il devra avoir constitué un capital de retraite complémentaire suffisant via PER, assurance-vie ou revenus locatifs. Ce capital doit être planifié et alimenté en parallèle, pas postérieurement.

Sous-estimer l'impact du statut social sur les droits à retraite

Le passage d'une SARL (gérant majoritaire TNS) à une SAS (président assimilé salarié) pour réduire les charges sociales est une décision irréversible aux conséquences long terme significatives. Le régime des indépendants offre une retraite de base structurellement inférieure au régime général pour des cotisations comparables. Un dirigeant qui change de statut à 50 ans sans simuler l'impact sur sa pension de retraite à 65 ans risque de découvrir tardivement un déficit de plusieurs centaines d'euros mensuels que rien ne peut combler à court terme.

Montages abusifs : la frontière entre optimisation et abus de droit

L'administration fiscale dispose depuis 2020 d'un dispositif de mini-abus de droit (article L. 64 A du LPF) qui permet de requalifier des opérations ayant un motif principalement fiscal, même en l'absence de but exclusivement fiscal. La frontière entre optimisation légitime et abus de droit est jurisprudentielle et évolutive. Les montages les plus exposés sont : les holdings créées uniquement pour interposer une fiscalité réduite sans activité réelle, les donations-cessions réalisées dans un délai trop court avant la vente, les rémunérations de CCA manifestement disproportionnées, et les schémas d'apport-cession avec réemploi fictif. La règle pratique : chaque opération doit avoir une substance économique réelle documentée, indépendamment de son avantage fiscal.

Construire une stratégie d'optimisation fiscale cohérente : avec quels conseils ?

L'optimisation fiscale du dirigeant est par nature pluridisciplinaire. Elle touche simultanément au droit des sociétés, au droit fiscal, au droit social, au droit patrimonial et au droit successoral. Aucun conseil unique ne maîtrise l'intégralité de ces domaines avec la même profondeur — ce qui rend la coordination entre conseils non pas souhaitable, mais nécessaire.

Expert-comptable, CGP, avocat fiscaliste : qui fait quoi

L'expert-comptable est le conseil de proximité du dirigeant : il maîtrise la fiscalité de la société, produit les simulations de rémunération, et peut identifier les premiers leviers d'optimisation. Ses limites : il traite rarement la dimension patrimoniale personnelle et successorale, et ne peut pas instrumenter les opérations juridiques complexes. Le conseiller en gestion de patrimoine (CGP) indépendant est le chef d'orchestre de la stratégie patrimoniale globale : il coordonne la vision entre rémunération, épargne, investissement et transmission. L'avocat fiscaliste intervient sur les opérations à fort enjeu fiscal — cessions d'entreprise, apport-cession, pacte Dutreil, contentieux — et sécurise juridiquement les montages structurants.

Pourquoi la coordination entre conseils est la condition de l'efficacité globale

La majorité des erreurs fiscales coûteuses ne proviennent pas d'une mauvaise décision isolée, mais d'une absence de coordination entre des décisions correctes prises en silo. Un expert-comptable qui optimise la rémunération sans consulter le CGP sur les implications successorales, un notaire qui rédige une donation sans connaître la structure capitalistique de la société, un avocat qui finalise une cession sans avoir anticipé le réemploi du capital de cession : chacun a bien fait son travail, mais le résultat d'ensemble est sous-optimal — voire fiscalement désastreux. Exiger une revue croisée entre ses conseils lors de chaque décision patrimoniale significative est la protection la plus efficace contre ce risque.

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