Plongée dans l'univers d'Alexandre Leadouze : une vie au service des artistes, de la culture et du patrimoine
Avenue Matignon. Dans la lumière de sa galerie, Alexandre Leadouze défend l’art contemporain et les grands maîtres du XXᵉ siècle. Une vocation précoce née dès l'enfance, puis nourrie par la fréquentation intime d’artistes d'exception tels que César ou Marc Chagall. Entre souvenirs d'atelier et coulisses du marché de l'art, le galeriste parisien se confie sur sa vision d'un métier de passeur et la place qu'il accorde à la jeune création.
Alexandre, avant d'être l'un des grands noms de l'Avenue Matignon, comment tout a commencé pour vous ? Racontez-nous vos premiers souvenirs avec l'art, le déclic fondateur et les étapes majeures qui vous ont mené à créer et façonner la Galerie Leadouze telle qu'on la connaît aujourd'hui.
Pour expliquer cela il faut savoir que mes Parents étaient de grands amateurs d'art et que leurs lieux d'habitations avaient des allures de musées. Ma première émotion devant une œuvre d'art (un tableau) m'est venue à l'âge de sept ans, ma mère me voyant en interrogation devant cette peinture, qui ornait notre salon déjà avant ma naissance, me parla de l'artiste et de ce qu'il avait voulu exprimer, ce fut le point de départ des visites de musées, en France, en Hollande et en Italie (Florence) dès lors j'avais pris un virus contre lequel il n'existe, heureusement, pas de vaccin. L'amour de l'art vous apporte bien être et sérénité. Chaque œuvre est chargée d'émotion et d'électricité, quand elle attire votre attention c'est que votre sensibilité est proche de celle de l'artiste au moment ou il l'a créée.
Comment s'impose-t-on durablement dans un écosystème aussi exigeant que le triangle d'or parisien, et quelle signature avez-vous cherché à bâtir au fil des ans ?
Ayant eu la chance très jeune de connaitre des artistes comme Van Dongen, Chagall, Utrillo, César, Arman et j'en passe je pense avoir été plus influencé par les propos de César et donc d'être toujours à la recherche de nouveaux talents, qui dit nouveaux talents dis créateurs, des artistes qui vous apportent une autre forme d'expression sans que l'on puisse les relier au passé. Je n'ai pas cherché à apporter une signature mon seul but a été d'accompagner les amateurs et collectionneurs dans leurs choix.
La vie d'un grand galeriste repose avant tout sur la relation avec les créateurs. Comment choisit-on d'engager son nom sur un artiste, et comment l'accompagne-t-on sur le long terme, entre succès, doutes et prise de risque ?
La première réaction est l'émotion que je vais ressentir devant une œuvre, le besoin ensuite de connaitre son créateur, de visiter son antre pour y ressentir les ondes qu'il aura projetées sur ses créations. Enfin le dialogue avec l'artiste , sa vie , son besoin d'exprimer le plus profond de lui même au travers de son œuvre, sa sincérité d'intention sans laquelle il ne pourrait vivre. Entre l'artiste et le marchand il existe des moments de partages que j'appelle des moments d'amour. Cette passion qui unit l'artiste et le marchand ne peut pas s'éteindre, seul la mort les séparent.
Vous côtoyez aussi bien des figures historiques (Buffet, Soulages, César...) que la jeune création. Comment faire dialoguer les grands maîtres de l'art moderne avec la scène contemporaine sans perdre la cohérence du regard ?
La cohérence du regard est très personnel, chez moi je fais côtoyer Jean De Bologne (1529–1608) avec Albert Féraud (1921- 2008) tous deux sculpteurs, Guardi (1712-1793) avec Jouenne (1933-1921) tous deux peintres et l'ensemble est harmonieux malgré les univers différents.
Qu'est-ce qui déclenche chez vous le coup de cœur ultime pour une œuvre ? Est-ce une question d'instinct purement esthétique, de technique, ou la sensation d'assister à un tournant créatif ?
L'émotion quelque soit la technique, chaque œuvre est porteuse d'une forme d'électricité dont l'artiste a chargé l'œuvre, vous la ressentez ou pas, une peinture peut hypnotiser mon regard et me donner une sensation de bien être, une sculpture j'ai besoin de la toucher pour mieux ressentir l'expression de l'artiste.
On fantasme souvent le quotidien d'un galeriste entre vernissages et foires prestigieuses. Mais quelle est la réalité du marché, la part d'ombre, d'incertitude et de travail acharné qu'on ne voit jamais depuis la rue ?
Dans chaque présentation, vernissage, salon, il y a une grande part d'incertitude et de travail. J'aime mais je ne détiens pas la vérité, chacun a sa vérité, j'aime le bleu, vous aimez le rouge et nous avons tous les deux nos raisons, le gout universel n'existe pas.
Comment le profil des acheteurs a-t-il évolué ? Entre le passionné qui a un coup de cœur absolu et l'investisseur guidé par le placement, comment préserve-t-on l'amour sincère de l'art ?
L'amateur va se faire plaisir pour décorer son intérieur et selon le montant de l'œuvre va chercher à savoir si cela est un bon investissement mais il achète quand même par émotion. Le collectionneur ne regarde pas le montant il a une attirance dévorante pour l'œuvre, il l'a visualise déjà chez lui et cette passion dévorante ne s'arrêtera jamais comme je l'ai mentionné au départ cela devient un virus.
Y a-t-il une œuvre ou un artiste que vous regrettez profondément de ne pas avoir defendu ou d'avoir laissé partir ?
Oui, Un grand artiste le sculpteur Albert Féraud, c'est Jean-Pierre Rives (dit Casque d'Or et sculpteur lui aussi), qui m'a un jour conduit dans l'atelier d'Albert Féraud, l'émotion a été très forte et je me suis sentit tout petit a coté de ce grand Homme, j'était jeune lui il avait connu les plus grands marchands et moi je venais de m'installer avenue Matignon, je n'ai pas osé lui demander s'il accepterait de collaborer avec moi, je l'ai toujours regretté, depuis son décès je ne cesse d'acheter des œuvres de lui.
Si un jeune artiste émergent poussait la porte de votre galerie aujourd'hui pour vous demander un conseil fondamental pour réussir et durer dans ce milieu, que lui diriez-vous ?
De n'écouter que ce qu'il a dans le ventre, de croire en lui, d'avoir sa propre personnalité, de ne copier personne, de faire avant tout ce qu'il aime car quand on a la chance de faire ce que l'on aime, on ne travail pas on s'amuse.
Quelle est l'erreur classique que vous voyez trop souvent commettre par les artistes en début de carrière ?
Un artiste a le droit de s'appuyer sur un autre du passé pour faire ses armes mais il doit très vite trouver sa personnalité et ne ressembler à personne d'autre, on reconnait un créateur à ce qu'il apporte de nouveau dans l'art qu'il soit figuratif ou abstrait mais il faut être prudent car la limite est fragile entre l'art contemporain et l'art content pour rien.
S'il y a un film dont l'esthétique, l'histoire ou la lumière continue de vous inspirer, quel est-il ?
Autant en emporte le vent.
Quelle est la chanson ou le morceau de musique qui vous accompagne souvent, que ce soit lors d'un accrochage d'exposition ou dans le calme de la galerie ?
Le Boléro de Ravel.
Si vous deviez résumer en une phrase ce que l'ensemble de votre parcours auprès des œuvres d'art vous a appris sur la vie, quelle serait-elle ?
L'amour de l'Art n'apporte que du bonheur et de la sérénité. Vous aimez une œuvre, en la regardant vous la chargez de positivité, le jour ou votre moral n'est pas au beau fixe quand vous rentrez chez vous , inconsciemment votre regard va se porter sur cette œuvre qui va vous renvoyer de l'énergie.