Rapport Artprice 2026 : tout sur le marché de l'art contemporain
Le marché de l'art contemporain repart (+6 %), mais il ne s'emballe plus. Records en baisse, ultra-contemporain en cure d'austérité, Basquiat intouchable, Corée du Sud en embuscade et Sud global en pleine ascension : on vous dit tout sur le 33e rapport Artprice.
Rapport Artprice 2026 : on vous dit tout sur le marché de l'art contemporain
Chaque automne, c'est le même rituel. Artprice publie son rapport annuel sur le marché de l'art contemporain, et le petit monde des collectionneurs, des galeristes et des commissaires-priseurs s'y plonge comme dans un bulletin de santé. La 33e édition, qui couvre les ventes aux enchères du 1er juillet 2025 au 30 juin 2026, ne fait pas exception. Elle livre pourtant un diagnostic plus subtil que d'habitude : le patient va mieux, mais il a changé de régime.
Après trois années de correction qui ont suivi l'euphorie post-Covid, le marché retrouve le chemin de la croissance. Mais une croissance sage, sélective, presque raisonnable. Les records se raréfient, les jeunes artistes paient l'addition des excès de 2021, les frais grimpent, la géopolitique s'invite dans les salles de ventes, et de nouvelles scènes, de Séoul à Riyad en passant par Jakarta et São Paulo, réclament leur place à la table. Nous avons lu les 87 pages du rapport pour vous. Voici tout ce qu'il faut en retenir.
Petit rappel de méthode avant d'entrer dans le vif du sujet : pour Artprice, un artiste « contemporain » est un artiste né après 1945. L'« ultra-contemporain » désigne quant à lui les artistes de moins de 40 ans, soit, cette année, ceux nés après 1985. Le rapport ne mesure que les ventes aux enchères publiques de Fine Art (peinture, sculpture, dessin, photographie, estampe, vidéo, installation, tapisserie et NFT). Les ventes en galerie et les transactions privées n'y figurent pas, ce qu'il faut garder en tête à la lecture des chiffres.
Un rebond, enfin, mais du bout des lèvres
Commençons par la bonne nouvelle. Après quatre exercices consécutifs de recul, le produit des ventes d'art contemporain aux enchères repart à la hausse : 1,62 milliard de dollars, contre 1,53 milliard un an plus tôt. Soit +6 %, la première progression depuis 2021/22. Le marché s'appuie sur 558 villes actives, 1 055 maisons de ventes et 64 pays
Sauf que, replacé dans le contexte général, ce rebond fait pâle figure. Le marché du Fine Art toutes périodes confondues bondit de +41 %, porté par les maîtres anciens, l'art moderne et l'après-guerre. Une étude de pied de Michel-Ange à 27,2 millions de dollars, un Canaletto à 30,5 millions, le Number 8 de Jackson Pollock à 181 millions, la Danaïde de Brancusi à 107 millions, la collection S. I. Newhouse à plus de 631 millions chez Christie's : les grandes collections et les provenances irréprochables ont aspiré les capitaux. Résultat, l'art contemporain ne pèse plus que 12 % du marché mondial des enchères, son plus faible niveau depuis 2010/11, contre 16 % l'an dernier et 19 % au pic de 2020/21.
Autre bémol : la croissance de l'exercice repose presque entièrement sur le second semestre 2025 (+17 %). Le premier semestre 2026, lui, recule à nouveau (-3 %). De quoi tempérer l'enthousiasme.
Les chiffres clés à retenir
- Produit des ventes : 1,62 milliard de dollars (+6 %), première hausse après quatre années de baisse.
- Volume : 207 900 œuvres vendues (+9 %), un record absolu et la sixième année record consécutive.
- Prix moyen : 7 806 dollars par lot, en baisse de 2,5 %.
- Taux d'invendus : 34 % (contre 35,3 % l'an dernier), toujours au-dessus de la moyenne du Fine Art (31,5 %).
- Record de l'année : 52,7 millions de dollars pour une toile de Jean-Michel Basquiat, contre 23,4 millions l'an passé.
- Concentration : Sotheby's, Christie's et Phillips réalisent 60 % du chiffre d'affaires mondial avec seulement 3,6 % des transactions.
Le grand paradoxe : jamais autant d'œuvres vendues, jamais aussi peu chères
C'est sans doute le fil rouge du rapport. Le marché contemporain s'élargit plus qu'il ne s'enrichit. Pour la première fois de l'histoire des enchères, plus de 200 000 œuvres contemporaines ont trouvé preneur en douze mois. En dix ans, le nombre de lots vendus a progressé de +240 %, et le marché est aujourd'hui seize fois plus imposant qu'il y a vingt-cinq ans. L'art contemporain représente désormais 23 % des lots de Fine Art vendus dans le monde, un niveau record. Mais le prix moyen, lui, baisse.
Un marché de découverte avant tout
Derrière les coups de marteau à huit chiffres, la réalité du marché est bien plus accessible qu'on ne l'imagine. 67 % des œuvres contemporaines sont adjugées moins de 1 000 dollars. Avec un budget de 5 000 dollars, près de 90 % des lots, soit plus de 184 000 œuvres, deviennent accessibles. Pour l'amateur qui veut se lancer, le message est clair : l'art contemporain aux enchères n'est pas réservé aux milliardaires.
Le revers de la médaille, c'est la concentration vertigineuse de la valeur. Ces œuvres à moins de 5 000 dollars, qui représentent 90 % des transactions, ne génèrent que 9 % du chiffre d'affaires. À l'autre bout du spectre, les ventes au-delà du million de dollars, soit 0,08 % des transactions, captent à elles seules 38 % de la valeur totale.
Le club des millionnaires se stabilise
168 œuvres contemporaines ont dépassé le million de dollars cette année, à peine trois de plus que l'an dernier (+1,8 %), après une chute de 28 % sur l'exercice précédent. En valeur, ce segment reprend toutefois de la hauteur (+18,5 %, soit 94 millions de dollars supplémentaires). On reste très loin des 382 lots millionnaires de l'année folle 2020/21 : le très haut de gamme s'est stabilisé sur des bases nettement plus sélectives.
Juste en dessous, la tranche 100 000 - 500 000 dollars constitue le deuxième réservoir de valeur du marché : moins de 1 500 lots (0,7 % des transactions) pour 314 millions de dollars, soit 19 % du produit global.
Entre 10 000 et 50 000 dollars, le segment pivot
C'est la zone où les artistes rencontrent un public assez large pour vivre d'un marché régulier. Cette tranche pèse 222 millions de dollars (14 % du produit des ventes) pour 10 443 lots (5 % des adjudications). En vingt-cinq ans, son volume a été multiplié par dix, passant d'environ 1 100 ventes au début des années 2000 à un pic de 13 300 en 2013/14. Après trois épisodes de correction (subprimes, reflux de 2014, pandémie) et un rebond post-Covid, il se stabilise autour de 10 400 ventes depuis deux ans. Pour Artprice, c'est le signe que le marché intermédiaire a digéré la correction et retrouvé un rythme durable.
Koons, Cattelan : quand les icônes rencontrent la réalité
Dans son édito, Thierry Ehrmann, fondateur d'Artprice, livre deux exemples savoureux de ce marché « plus rationnel ». Le premier concerne Jeff Koons. Son buste Louis XIV (1986), édité à trois exemplaires plus une épreuve d'artiste, était passé de 230 000 dollars en 1994 à 10,8 millions en 2015, lorsque Robert Mnuchin en avait acquis un exemplaire. En mai 2026, il revient en salle et se vend 8,6 millions : une décote de 20 %. Même les icônes ne sont pas à l'abri d'un ajustement sur le long terme.
Le second est plus ironique encore. America (2016), les fameuses toilettes en or massif de Maurizio Cattelan, a été adjugée à peu près au prix du métal brut, estimé à environ 10 millions de dollars. L'acheteur a tout de même déboursé 2,11 millions de frais acheteur en plus. Une œuvre conceptuelle valorisée à son poids d'or : le symbole est cruel.
Ehrmann pointe surtout l'inflation des frais. Les frais acheteur sont passés en moyenne de 12 % à 23 % depuis 2000, sans compter le transport, l'assurance et les droits de douane, eux aussi en hausse. Ajoutés aux ajustements de prix et aux tensions géopolitiques, ces coûts remettent en question l'image d'un marché toujours plus fluide et mondialisé. Le contexte n'est pas anodin : l'été 2025 a vu fermer des galeries prestigieuses comme Blum, Clearing et Venus Over Manhattan, et la méga-galerie Pace a annoncé en juin 2026 une restructuration profonde, avec réduction des effectifs et du nombre d'artistes représentés.
Basquiat, roi sans rival
Au sommet, rien ne change, ou presque. Jean-Michel Basquiat écrase la concurrence. Avec 141,7 millions de dollars de produit des ventes pour 131 lots, il pèse à lui seul plus de 8 % du marché contemporain mondial. Ses deux meilleures ventes, toutes deux chez Sotheby's New York, signent les deux premiers prix de l'année. Il concentre 11 des 168 adjudications millionnaires, pour 135,2 millions de dollars, soit près de 22 % de la valeur du segment.
Le Top 10 des œuvres contemporaines vendues en 2025/26
- 1. Jean-Michel Basquiat, Museum Security (Broadway Meltdown) (1983) : 52,7 M$, Sotheby's New York, mai 2026.
- 2. Jean-Michel Basquiat, Crowns (Peso Neto) (1981) : 48,3 M$, Sotheby's New York, novembre 2025.
- 3. Christopher Wool, Untitled (RIOT) (1990) : 19,8 M$, Christie's New York, novembre 2025.
- 4. Peter Doig, Ski Jacket (1994) : 19,1 M$, Christie's Londres, octobre 2025.
- 5. Peter Doig, Country Rock (1998-1999) : 12,3 M$, Christie's Londres, octobre 2025
- 6. Maurizio Cattelan, America (2016) : 12,1 M$, Sotheby's New York, novembre 2025.
- 7. Yoshitomo Nara, Nothing about it (2016) : 11,7 M$, Seoul Auction, Séoul, mars 2026.
- 8. Yoshitomo Nara, Can't Wait 'til the Night Comes (2012) : 10,3 M$, Sotheby's Hong Kong, septembre 2025.
- 9. Zhang Peili, X? : 10 M$, China Guardian, Pékin, novembre 2025.
Le Top 10 des artistes par produit des ventes
- 1. Jean-Michel Basquiat : 141,7 M$ (131 lots vendus)
- 2. Yoshitomo Nara : 56,3 M$ (371 lots)
- 3. Peter Doig : 48,6 M$ (81 lots)
- 4. George Condo : 39,4 M$ (137 lots)
- 5. Keith Haring : 39,2 M$ (708 lots)
- 6. Jeff Koons : 34,4 M$ (203 lots)
- 7. Christopher Wool : 27,9 M$ (47 lots)
- 8. Richard Prince : 25,3 M$ (72 lots)
- 9. Banksy : 23,8 M$ (511 lots)
- 10. Cecily Brown : 21,8 M$ (21 lots), nouveau record personnel
Quelques observations. Yoshitomo Nara s'installe sur la deuxième marche, porté par quatre œuvres dans le Top 25. Mark Tansey réalise une performance étonnante : 19,2 millions de dollars avec seulement six lots vendus, soit la 11e place. À l'inverse, Damien Hirst (12e) a besoin de 833 lots pour atteindre 19,2 millions, et Takashi Murakami (17e) de 1 230 lots pour 12,7 millions. Deux modèles de marché radicalement différents : la rareté d'un côté, la diffusion massive de l'autre. Notons enfin que le Chinois Zhang Peili entre dans le Top 10 des œuvres grâce à X?, adjugée 71,3 millions de yuans chez China Guardian, nouveau record pour l'artiste.
La gueule de bois de l'ultra-contemporain
Si un segment illustre la fin de l'euphorie, c'est bien celui des artistes de moins de 40 ans. En 2021/22, leur marché avait bondi de plus de 600 % par rapport à l'avant-pandémie, porté par l'abondance de liquidités et un puissant effet FOMO (Fear of Missing Out). Des toiles de jeunes peintres à peine sortis d'école franchissaient en quelques mois le seuil des 500 000 dollars. Quatre ans plus tard, la correction se poursuit.
-87 % depuis le pic
Les ventes ultra-contemporaines atteignent 58,2 millions de dollars en 2025/26, contre 79,3 millions un an plus tôt (-26,6 %) et 462 millions au sommet de 2021/22 (-87 %). Leur poids dans le marché mondial du Fine Art est divisé par deux en un an : 0,4 %, contre 0,8 % l'an dernier. C'est moins qu'au début des années 2000. Paradoxe saisissant : jamais la jeune création n'a été aussi visible médiatiquement, et jamais elle n'a pesé aussi peu dans l'économie des enchères depuis plus de vingt ans.
- Produit des ventes : 58,2 M$ (-27 %), quatrième année de baisse consécutive.
- Volume : 8 046 lots vendus (-10 % sur un an, -22 % depuis le pic, soit -6 % par an en moyenne).
- Prix moyen : 7 238 dollars (-18,4 %).
- Taux d'invendus : 34 % (contre 35,6 % l'an dernier).
- Record de l'année : 1,71 M$ pour une toile de Flora Yukhnovich, contre 2,38 M$ l'an passé.
Le rapport insiste sur un point essentiel : ce n'est pas un krach, mais un dégonflement régulier. « Le marché ne sanctionne pas la jeunesse ; il corrige les excès de prix », résume Artprice. La correction agit comme un mécanisme de sélection qui réinstalle une hiérarchie fondée sur la solidité des parcours plutôt que sur l'effet de mode.
Plus c'est cher, plus ça chute
La correction n'est pas uniforme. Plus la gamme de prix est élevée, plus la chute est brutale. Le détail par tranche est éloquent :
- Moins de 1 000 $ : quasi stable (-4 % par rapport au pic de 2024/25).
- 1 000 - 5 000 $ : -16 % par rapport à 2021/22.
- 5 000 - 10 000 $ : -29 % par rapport à 2021/22.
- 10 000 - 50 000 $ : -70 % depuis le pic de 2007/08, dont -32 % sur le seul dernier exercice.
- 50 000 - 100 000 $ : -79 % depuis 2021/22.
- 100 000 - 500 000 $ : -87 % depuis 2021/22.
- 500 000 $ - 1 M$ : 58 lots vendus cette année, contre 103 au sommet.
- 1 - 10 M$ : -94 % depuis 2021/22, avec seulement quatre lots cette année.
- Plus de 10 M$ : aucune vente depuis 2021/22 (trois en 2020/21, deux en 2021/22).
Le seuil des 10 000 dollars, nouvelle ligne de partage
Conséquence logique : le marché ultra-contemporain se recompose autour de ses segments abordables. Les œuvres de moins de 50 000 dollars représentent désormais 97 % des adjudications, un record absolu (contre 88 % en 2021/22). Celles de moins de 10 000 dollars concentrent près de 90 % des lots vendus. En dessous de ce seuil, la demande reste active et les collectionneurs se renouvellent. Au-dessus, la profondeur de l'offre comme de la demande s'effondre. Pour les maisons de ventes, le message est clair : prudence sur les estimations entre 10 000 et 500 000 dollars. Pour les collectionneurs, c'est au contraire une fenêtre de découverte.
Après la bulle NFT, l'art numérique s'institutionnalise
Souvenez-vous : en 2021, Everydays: The First 5000 Days de Beeple s'adjugeait 69,3 millions de dollars chez Christie's. Ce coup de marteau reste la cinquième meilleure enchère de l'histoire de l'art contemporain, et fait toujours de Beeple le deuxième artiste vivant le plus cher après Jeff Koons. Depuis, le marché des NFT s'est profondément réajusté. À la fin de l'été 2025, Christie's a même supprimé son département dédié aux NFT et à l'art digital, créé trois ans plus tôt. Les œuvres numériques ne disparaissent pas des catalogues, elles sont désormais intégrées aux ventes d'art des XXe et XXIe siècles.
Dans le même temps, les institutions prennent le relais. Dubaï a annoncé en mai 2026 la création du Museum of Digital Art (MODA), premier musée consacré à l'art numérique dans le Golfe. Art Basel a consacré pour la troisième année consécutive son initiative Zero10 aux pratiques numériques, génératives et algorithmiques. Artprice affiche d'ailleurs la couleur en choisissant pour la couverture de son rapport ISG 018 (2026) d'Iskra Velitchkova, une œuvre générative que Thierry Ehrmann présente comme l'annonce d'un « nouvel âge d'or de la création : celui de l'Art Numérique et de l'Intelligence Artificielle ».
Une géopolitique du marché en mouvement
Le marché mondial est vaste, mais la valeur reste concentrée. Les cinq premiers pays réalisent 84 % du produit des ventes, et le trio États-Unis, Chine et Royaume-Uni concentre 78 % de la valeur pour seulement 41 % des transactions.
Le Top 5 des pays
- 1. États-Unis : 689,1 M$ (+19 %)
- 2. Chine : 287,7 M$ (-18 %)
- 3. Royaume-Uni : 284,6 M$ (+3 %)
- 4. France : 56,7 M$ (+22 %)
- 5. Allemagne : 39,5 M$
Les États-Unis, moteur de toute la croissance
Avec 42 % du marché mondial, les États-Unis creusent l'écart. Leur résultat progresse de plus de 100 millions de dollars, ce qui explique à lui seul la croissance mondiale : les 100 millions supplémentaires du marché ont été réalisés outre-Atlantique. New York vend une œuvre millionnaire sur deux (84 sur 168) et affiche le prix moyen par lot millionnaire le plus élevé au monde, 4,3 millions de dollars. Artprice nuance toutefois : cette bonne santé doit beaucoup à deux toiles de Basquiat qui ont rapporté à elles seules 101 millions. Un « effet de loupe » qu'il ne faut pas confondre avec une dynamique de fond.
La Chine recule, Hong Kong résiste
Deuxième marché mondial avec 18 % du résultat, la Chine voit son chiffre d'affaires reculer de 18 %, seul repli parmi les cinq premières puissances. Elle compte pourtant une quarantaine de ventes millionnaires, réparties entre Hong Kong (20 lots) et les places continentales de Pékin, Shanghai et Hangzhou (21 lots). Mais son prix moyen par lot millionnaire, 2,46 millions de dollars, est le plus faible des trois grandes places. Hong Kong reste la vitrine internationale du marché chinois, où Christie's, Sotheby's et Phillips captent une large part des grandes ventes, tandis que China Guardian, Poly ou Yongle restent tournées vers la clientèle domestique.
Londres, l'équilibriste
Le Royaume-Uni fait quasiment du surplace (+3 %) et se retrouve au coude-à-coude avec la Chine. Mais Londres demeure le deuxième centre mondial du très haut de gamme, avec 36 œuvres millionnaires, soit 21 % des lots du segment. Un profil remarquablement régulier, fondé sur une profondeur d'offre constante plutôt que sur quelques records spectaculaires.
La Corée du Sud, révélation de l'année
C'est l'une des grandes surprises du rapport. Avec 38,7 millions de dollars (+68 %), la Corée du Sud se hisse à la 6e place mondiale, devant l'Australie et le Japon. Lors d'une même vacation chez Seoul Auction, une toile de Yoshitomo Nara, Nothing about it, atteint 11,6 millions de dollars, record absolu du marché de l'art coréen toutes périodes et catégories confondues. Pumpkin (MBOK) de Yayoi Kusama suit à 8,1 millions, deuxième meilleur résultat jamais enregistré dans le pays. Seoul Auction bondit de la 14e à la 6e place mondiale des maisons de ventes. Séoul confirme ainsi son statut de plateforme montante, avec l'arrivée de galeries comme Lehmann Maupin, Perrotin ou Thaddaeus Ropac, Frieze Séoul depuis 2022 et l'ouverture d'une antenne du Centre Pompidou le 4 juin 2026.
Autre signal asiatique : les Philippines progressent de 12 % (6,1 millions de dollars pour environ 600 œuvres) et se classent 19e, devant Singapour, les Pays-Bas, le Maroc ou le Brésil.
La France, championne du volume
Le marché français ne représente que 3 % du produit mondial, mais il affiche une belle santé : 56,7 millions de dollars (+22 %) et plus de 20 700 œuvres vendues (+18 %). En nombre de transactions, la France se classe troisième au monde, derrière les États-Unis et le Royaume-Uni. Son modèle est singulier : un prix médian près de trois fois inférieur à celui de Londres, une progression des cotes plus graduelle et une relative imperméabilité aux emballements spéculatifs. Franchir les 100 000 dollars y reste une étape majeure : seuls une cinquantaine d'artistes français vivants y sont parvenus aux enchères. Parmi les résultats marquants de l'exercice, Artprice cite Bernard Frize, Robert Combas, Fabienne Verdier, Invader et Claire Tabouret, dont un grand dessin s'est vendu 138 000 dollars chez Artcurial en juin 2026. Dans le segment millionnaire, en revanche, la France ne compte qu'un seul lot.
Le Golfe, coupé dans son élan
Le Golfe se profilait comme le nouvel eldorado du marché de l'art : implantation de Sotheby's et Christie's, première édition d'Art Basel Qatar en février 2026 (cinquième adresse de la marque après Bâle, Miami, Hong Kong et Paris), projets du Louvre Abu Dhabi, de Qatar Museums et du Guggenheim Abu Dhabi. Mais le 28 février 2026, les frappes américano-israéliennes sur l'Iran ont déclenché des représailles sur les États du Golfe, entraînant la fermeture en urgence de galeries et de musées à Dubaï, Abu Dhabi et Sharjah, et des tensions qui ont paralysé le détroit d'Ormuz.
Le bilan est lourd : la région Golfe et Moyen-Orient recule de 28 % (9,1 millions de dollars). Les Émirats arabes unis s'effondrent de 88 % (de 1,32 million à 164 000 dollars), l'Arabie saoudite recule de 27 %, l'Iran de 76 %. Seul le Qatar progresse (+103 %), mais sur une base très modeste de 697 000 dollars. Les professionnels locaux refusent pourtant le catastrophisme : Art Dubai a attiré un record de plus de 25 000 visiteurs, et les capitaux souverains ne se volatilisent pas du jour au lendemain.
Le bilan par grande zone
- Amérique du Nord : 695,4 M$ (+18 %)
- Europe : 498,6 M$ (+8 %)
- Asie : 376,3 M$ (-12 %)
- Océanie : 32,8 M$ (+21 %)
- Golfe et Moyen-Orient : 9,1 M$ (-28 %)
- Afrique : 7,3 M$ (+20 %)
- Amérique latine : 3,2 M$ (+19 %)
La géographie des trophées : qui vend, qui achète, qui rafle la mise
Pour Artprice, suivre les ventes millionnaires revient à lire une véritable « géographie du pouvoir ». Et ce pouvoir est très concentré, encore davantage du côté des maisons de ventes que des pays. À elles deux, Christie's et Sotheby's captent 72 % des lots millionnaires et 80 % de leur valeur.
- Sotheby's : 56 lots millionnaires, 268,8 M$ (45 % de la valeur)
- Christie's : 65 lots millionnaires, 212,7 M$ (35 %)
- Phillips : 17 lots, 41,2 M$ (7 %)
- China Guardian : 12 lots, 33,1 M$ (5 %)
Christie's vend donc plus de lots, mais Sotheby's l'emporte nettement en valeur, grâce aux deux Basquiat de New York. Côté chinois, le paysage est bien plus fragmenté : China Guardian, Jiahe, Huachen, Poly et Yongle réunies ne pèsent que 9 % du segment.
69 artistes pour 168 trophées
Les 168 enchères millionnaires concernent seulement 69 artistes, dont 45 ne franchissent le seuil qu'une seule fois. George Condo arrive deuxième en nombre de lots (10), mais pour 24,4 millions de dollars seulement, cinq fois moins que Basquiat. Par nationalité, la domination américaine est écrasante : 28 artistes, 50,6 % des lots et 57 % de la valeur. Les artistes chinois signent 15 % des lots millionnaires mais seulement 10 % de la valeur, moins que les Britanniques (16 %). Le Japon offre le modèle inverse : avec seulement deux artistes, Yoshitomo Nara et Takashi Murakami, il concentre 8 % des lots et autant de la valeur. Aucune autre nationalité n'affiche une telle puissance individuelle.
La nouvelle génération : ce que révèlent les moins de 40 ans
Au-delà des chiffres de la correction, le segment ultra-contemporain sert de laboratoire des transformations du marché. Le marché secondaire des moins de 40 ans tient dans un périmètre restreint : 2 895 artistes pour 58,2 millions de dollars. Seuls 90 noms environ dépassent les 50 000 dollars par lot, pour 184 lots et environ 34 millions de dollars. Mais leur composition est déjà révélatrice : Américains, Britanniques, Italiens, un Belge, un Tchèque, deux Français, deux Philippins. L'ultra-contemporain n'a plus de centre unique.
La percée des jeunes artistes chinois
Un bloc se détache pourtant. Le trio Chine-Corée-Japon concentre près d'un tiers des artistes ultra-contemporains au-dessus de 50 000 dollars au premier semestre 2026 : Wei Yixin, Sun Yitian, Li Heidi, Zhang Zipiao, Yuan Fang et Ding Shilun côté chinois, Kim SunWoo et Moka Lee côté coréen, Kyne, Ryosuke Shiomi, Shota Nakamura et Moe Nakamura côté japonais. Pour Artprice, ce n'est plus un marché occidental qui s'exporte vers l'Asie, mais un écosystème autonome, avec ses propres maisons (Cuppar, China Guardian, Seoul Auction, SBI Art Auction) et ses propres dynamiques de prix.
Le plus frappant concerne l'âge. Les deux artistes les plus jeunes de l'échantillon sont chinois : Wei Yixin (née en 1999), dont une toile atteint 431 500 dollars, et Ding Shilun (né en 1998), qui établit un record à 358 400 dollars. Le troisième, le Français Pol Taburet (né en 1997), plafonne à 54 180 dollars. À 27 et 28 ans, ces artistes chinois atteignent des niveaux que la plupart de leurs homologues occidentaux ne touchent qu'après plusieurs années de marché.
Le parcours de Ding Shilun se lit comme un roman en trois actes. Londres d'abord : en mars 2025, chez Phillips, The Adoption of the Maiden s'envole à 147 300 dollars, contre une estimation haute de 39 000. Hong Kong ensuite, en mai 2025, avec un résultat plus sage de 56 700 dollars. New York enfin, en mai 2026 : chez Sotheby's, Three Princes atteint 358 400 dollars, plus de quatre fois l'estimation haute. Derrière ce succès, un terrain préparé : un master au Royal College of Art, trois expositions à la galerie Bernheim de Zurich, l'ICA Miami, la Zabludowicz Collection, une collective chez Hauser & Wirth et une première grande exposition au Song Art Museum de Pékin.
Artprice appelle néanmoins à la prudence. Une cote qui progresse aussi vite et aussi tôt porte en elle le risque de l'essoufflement, surtout lorsque les prix précèdent les marqueurs de légitimité que sont la représentation par une grande galerie, les expositions muséales et le soutien curatorial. Le cas de Wei Yixin l'illustre : ses résultats à six chiffres entre Shanghai, Pékin et Hong Kong restent pour l'instant portés par son seul écosystème d'origine.
Le pouvoir des méga-galeries : Yaeger et Fratino, deux stratégies opposées
Le rapport consacre deux études de cas passionnantes au rôle des grandes galeries dans la fabrique d'une cote. Joseph Yaeger, 40 ans en 2026, est l'artiste ultra-contemporain le plus présent dans les grandes ventes : 14 lots vendus pour 1,79 million de dollars, troisième en valeur derrière Lucy Bull et Zou Xunjing. Son arrivée chez Gladstone en octobre 2024, concomitante de ses premières enchères, a fait décoller la demande. Après une année 2025 de vérification (formats plus modestes, quelques résultats sous l'estimation), le printemps 2026 est sans appel : dix lots, aucun invendu. Le 14 mai, The Euphemism établit un record à 320 000 dollars chez Sotheby's ; cinq jours plus tard, l'aquarelle There is a Light and It Always Goes Out le pulvérise à 477 300 dollars chez Phillips, après une bataille entre sept enchérisseurs. Sur l'ensemble de son corpus, 19 lots sur 23 ont dépassé l'estimation haute.
Louis Fratino, 32 ans, illustre le mouvement inverse. Après un record à 756 000 dollars chez Christie's en mai 2025, aucune de ses toiles n'a été proposée aux enchères au premier semestre 2026. Ses œuvres majeures sont ailleurs : au Baltimore Museum of Art pour l'exposition Fratino and Matisse: To See This Light Again, et chez David Zwirner, qui le représente depuis février 2026. Zwirner est connu pour filtrer ses acheteurs afin d'écarter les spéculateurs. Pour Artprice, cette absence n'est pas un signal négatif, mais le fruit d'une stratégie de long terme. Accélération d'un côté, mise en retrait de l'autre : dans les deux cas, c'est la galerie qui donne le tempo du marché secondaire.
D'autres jeunes noms signent des records à contre-courant de la tendance générale, comme Ernst Yohji Jäger (190 500 dollars), Alfie Caine (160 700 dollars) ou Emma McIntyre (225 220 dollars), désormais représentée par David Zwirner.
Les meilleurs entrants de l'année
Artprice publie aussi le classement des artistes ultra-contemporains apparus pour la première fois aux enchères en 2025/26. Une liste à surveiller de près :
- 1. Ryosuke Shiomi (1989) : 698 500 $ pour un seul lot
- 2. Alexis Ralaivao (1991) : 313 015 $ (6 lots)
- 3. Somaya Critchlow (1993) : 210 101 $ (3 lots)
- 4. Jethro Buck (1986) : 109 883 $
- 5. Qiang Li (1993) : 106 075 $
- 6. Xing Yuxuan (1993) : 91 379 $
- 7. Jiang Zheng (1985) : 73 009 $
- 8. Li Hei Di (1997) : 63 009 $
- 9. Wang Bangbang (1990) : 58 205 $
- 10. Jago (1987)
Les femmes artistes : un progrès réel, un écart persistant
C'est l'un des chapitres les plus éclairants du rapport. Les artistes femmes nées après 1945 totalisent 229 millions de dollars pour 39 234 œuvres vendues. Elles représentent 19 % des lots, mais seulement 14 % de la valeur. Dans les catalogues de la triade Christie's, Sotheby's et Phillips, elles ne comptent que pour 25 à 30 % des artistes proposés, un constat proche de celui d'Anne Bourrassé dans Les Refusées. Les artistes femmes n'existent pas (Seuil, 2026).
Au sommet, l'écart reste net : les femmes ne signent que 20 des 168 lots millionnaires (12 %) et 8,5 % de la valeur du segment, soit 51,3 millions de dollars. Leurs performances se concentrent autour du seuil du million plutôt que dans les très hauts sommets. Cecily Brown fait figure d'exception : quatre lots millionnaires, une 10e place au classement général et un record personnel à 9,81 millions de dollars pour High Society. Elizabeth Peyton, Annie Morris et Christine Ay Tjoe signent également des records.
La vraie bonne nouvelle vient de la jeune génération. Parmi les ventes ultra-contemporaines supérieures à 50 000 dollars, on compte 23 femmes pour 27 hommes (46 % contre 54 %), alors que les hommes représentent près de 70 % des signatures sur l'ensemble du marché. Et en valeur, les femmes de moins de 40 ans concentrent 43 % du résultat de l'ultra-contemporain. Lucy Bull en est la figure de proue : son huile sur lin 22:14 (2022) atteint 1,55 million de dollars chez Sotheby's Hong Kong en mars 2026, plus du double de l'estimation haute. Anna Weyant, Rachel Jones, Jadé Fadojutimi, Emma Webster et Michaela Yearwood-Dan figurent aussi parmi les jeunes artistes aux meilleurs résultats. Chez Phillips, la vente new-yorkaise du 21 mai 2026 proposait même plus d'œuvres de jeunes femmes (huit) que de jeunes hommes (six).
Le Sud global sort de la périphérie
C'est la deuxième grande évolution identifiée par Artprice. Du Moyen-Orient à l'Inde, de l'Indonésie à l'Amérique latine, des scènes longtemps considérées comme périphériques changent de statut. La 61e Biennale de Venise, In Minor Keys, imaginée par la regrettée Koyo Kouoh, première femme africaine à diriger l'Exposition internationale, rassemble 110 artistes et accueille sept pays pour la première fois (Guinée, Guinée équatoriale, Nauru, Qatar, Sierra Leone, Somalie, Viêt Nam), tandis que le Maroc inaugure son premier pavillon national. À Lyon, la 18e Biennale de Catherine Nichols regarde vers le Pacifique et les diasporas ; à Gwangju, la 16e Biennale prolonge l'accueil des voix asiatiques et du Sud. Ibrahim Mahama est numéro un du Power 100 d'ArtReview. Pour Artprice, le Sud global « n'est plus un segment spécialisé » : il devient l'une des lignes de force du marché. Reste à savoir à quelle vitesse cette reconnaissance institutionnelle se traduit en prix.
Moyen-Orient : les modernes éclipsent les contemporains
Christie's, Sotheby's et Phillips enrichissent leur offre MENASA, Millon a créé un département dédié à l'art moderne et contemporain du Moyen-Orient. Mais les résultats révèlent une fracture générationnelle. Lors de la vente en ligne Modern & Contemporary Middle East de Sotheby's à Londres le 30 avril 2026, ce sont les maîtres modernes qui brillent : Jawad Selim à 417 000 dollars (+156 % au-dessus de l'estimation haute), Baya Mahieddine à +625 % au-dessus de son estimation haute. Les contemporains, eux, peinent : sur dix artistes, quatre lots seulement trouvent preneur. Ali Banisadr, Mehdi Ghadyanloo, Safwan Dahoul et Anna Boghiguian restent invendus. Le taux d'invendus de 51 % est le plus élevé de toutes les ventes contemporaines de la triade au premier semestre.
Trois mois plus tôt, à Riyad, la vente Origins II racontait pourtant une tout autre histoire : 95 % de lots vendus, un record à plus de deux millions de dollars pour Coffee Shop in Madina Road de Safeya Binzagr (dix fois l'estimation haute), et Ali Banisadr adjugé 317 500 dollars, le même artiste qui restera invendu à Londres. Les neuf œuvres d'artistes saoudiens se vendent toutes, pour 4,3 millions de dollars contre une estimation haute de 1,1 million. Une leçon : les prix de l'art contemporain du Moyen-Orient restent très sensibles à la place de marché, au format de vente et au contexte.
L'Inde au-delà d'Anish Kapoor
Au-dessus de 100 000 dollars, le marché indien contemporain est dominé par Anish Kapoor : neuf des dix-sept lots identifiés au premier semestre 2026, vendus sur sept places différentes, jusqu'à 824 400 dollars chez Christie's Paris. Il est le seul artiste d'origine indienne dont la liquidité est véritablement mondiale. Derrière lui, deux géographies coexistent : des artistes valorisés surtout en Occident (Nalini Malani à 307 000 dollars chez Bonhams Londres, Jitish Kallat à 215 900 dollars chez Christie's New York, Subodh Gupta à 212 000 dollars chez Phillips Londres) et une scène domestique portée par les collectionneurs indiens (Sudhir Patwardhan à 137 000 dollars chez Pundole's, Jangarh Singh Shyam à 105 000 dollars chez Asta Guru).
Selon Minal Vazirani, cofondatrice de Saffronart, 60 à 70 % de ses acheteurs vivaient hors d'Inde vers 2005. Depuis, la demande s'est rééquilibrée vers une clientèle domestique plus solide. Autre signe de maturité : la baisse de la GST, la TVA indienne, de 12 % à 5 % en septembre 2025, qui s'applique principalement au marché primaire.
Indonésie : Christine Ay Tjoe et la redécouverte de Murniasih
La scène indonésienne présente un profil singulier : une star internationale, un corpus régional abordable et une redécouverte. Christine Ay Tjoe domine sans partage avec …to See the White Land (2012), adjugée 2,2 millions de dollars chez Christie's Hong Kong, plus du triple du prix obtenu pour la même œuvre en 2018. Plus inattendue, Murniasih (1966-2006), pionnière balinaise autodidacte à l'œuvre radicalement féministe, entrée dans les collections de la Tate Modern en 2023, franchit pour la première fois les 100 000 dollars (105 400 dollars). Pour le reste, le marché demeure très accessible : 96 % des œuvres indonésiennes s'échangent sous les 20 000 dollars.
L'art latino-américain change d'échelle
Le signal le plus spectaculaire est venu d'une artiste moderne : en novembre 2025, El sueño (La cama) de Frida Kahlo atteint 54,66 millions de dollars chez Sotheby's New York, nouveau record pour une artiste femme et pour une œuvre moderne latino-américaine. Le tableau avait été acquis 51 000 dollars en 1980. Quelques mois plus tôt, Leonora Carrington avait déjà frappé fort à 28,5 millions. Ces records redéfinissent le cadre de référence de tout l'art latino-américain, contemporains compris. Depuis 2018, Sotheby's a intégré l'art latino-américain à ses grandes ventes d'art moderne et contemporain, et revendique 66 % de ce marché en 2025.
Côté contemporain, quatre femmes concentrent les signaux forts. Firelei Báez établit deux records en une seule journée, le 19 novembre 2025 : 645 000 dollars chez Phillips le matin, 1,11 million chez Christie's le soir, en pleine rétrospective au MCA Chicago et avant son arrivée chez Hauser & Wirth. Olga de Amaral (née en 1932) atteint 3,12 millions de dollars et voit huit œuvres dépasser 500 000 dollars au premier semestre 2026, dans le sillage de sa rétrospective à l'ICA Miami. Au Brésil, où 72 % des collectionneurs prévoient d'acheter une œuvre dans l'année (record mondial selon UBS-Art Basel), Beatriz Milhazes évolue au-delà de 500 000 dollars depuis près de vingt ans, et Adriana Varejão, représentante du Brésil à Venise, affiche un marché sans faute : cinq œuvres proposées, cinq vendues, dont une à 809 000 dollars chez Sotheby's Londres.
Les corrections d'après le pic
Le Sud global n'échappe pas à la normalisation post-2021. Amoako Boafo, dont Hands Up atteignait 3,42 millions de dollars en décembre 2021, voit ses enchérisseurs devenir plus sélectifs, même si trois toiles ont encore atteint six chiffres cette année. Tunji Adeniyi-Jones passe d'une vente à 416 000 dollars en 2021 à un meilleur résultat de 68 200 dollars. Oluwole Omofemi, monté à 189 000 dollars, se stabilise entre 5 000 et 20 000 dollars. Le cas le plus spectaculaire reste celui de Raghav Babbar : 733 000 dollars en 2023, un meilleur résultat récent de 32 600 dollars, et deux invendus sur quatre. Artprice insiste : ces artistes sont représentés par White Cube, Hauser & Wirth ou Mariane Ibrahim. La correction tient moins à un manque de légitimité qu'à la nature spéculative de la demande qui avait gonflé leurs prix.
La parole aux maisons de ventes
Comme chaque année, le rapport donne la parole à des spécialistes. Brune Dumoncel, directrice du département Post-War & Art Contemporain chez Millon, dont l'activité contemporaine progresse de 35 %, décrit un marché « plus sélectif », guidé par « la connaissance, l'expertise et une approche plus raisonnée des acquisitions ». Ayoub Bouali, commissaire-priseur chez AlBahie à Doha, assure qu'en dépit des tensions, la péninsule Arabique reste « la nouvelle ruée vers l'or du marché mondial de l'art », et met en avant la catégorie JEDEED consacrée aux artistes émergents.
Chez China Guardian, Yanfeng Li salue le retour des chefs-d'œuvre chinois, à l'image de Untitled (Selling Eggs) de Wang Xingwei adjugée 4 millions de dollars, et cite un proverbe chinois qui résume parfaitement l'esprit de l'exercice : « Après avoir lavé et tamisé le sable, il ne reste que l'or. » Enfin, Minchae Kim, de Seoul Auction, évoque la maturité grandissante des collectionneurs coréens, dont l'intérêt s'étend désormais aux grands artistes japonais comme Yoshitomo Nara.
Ce qu'il faut retenir du rapport Artprice 2026
- Le marché de l'art contemporain renoue avec la croissance (+6 %, 1,62 milliard de dollars), mais reste loin de ses années records au-delà des 2 milliards.
- Le volume bat un record historique (207 900 lots) tandis que le prix moyen baisse : le marché s'élargit plus qu'il ne s'enrichit.
- La croissance est presque entièrement américaine, et doit beaucoup à deux toiles de Basquiat.
- L'ultra-contemporain poursuit sa correction (-27 %, -87 % depuis 2021/22), surtout sur les gammes de prix élevées.
- La Corée du Sud s'impose comme la nouvelle place forte asiatique, pendant que la Chine recule.
- La France brille par le volume (3e mondiale en nombre de lots) plus que par la valeur.
- Le Golfe, promis à un bel avenir, a été frappé de plein fouet par la guerre.
- Les femmes progressent, surtout chez les moins de 40 ans (43 % de la valeur), mais restent sous-représentées au sommet.
- Le Sud global gagne en légitimité institutionnelle, sans encore bouleverser les hiérarchies du marché.
Notre analyse : vers une « économie de la profondeur »
Le rapport Artprice 2026 dessine un marché qui a tourné la page de l'euphorie sans sombrer dans la crise. La formule d'Artprice est juste : le marché contemporain est entré dans une « économie de la profondeur ». Les records continuent de faire rêver, mais ils ne suffisent plus à mesurer la santé du marché. Celle-ci se lit désormais dans l'élargissement de sa base : davantage d'œuvres, davantage de collectionneurs, davantage de territoires.
Pour les collectionneurs, c'est plutôt une bonne nouvelle. Les prix se sont assagis, l'offre abordable n'a jamais été aussi vaste, et les maisons de ventes estiment plus prudemment. Pour les jeunes artistes, la leçon est plus amère mais salutaire : une cote construite trop vite, sans galerie solide ni reconnaissance institutionnelle, se dégonfle aussi vite qu'elle a monté. Les cas de Joseph Yaeger et Louis Fratino montrent d'ailleurs que les grandes galeries ont repris la main sur le tempo du marché secondaire.
Deux réserves, enfin. D'abord, le rapport ne porte que sur les enchères publiques : il ne dit rien des ventes en galerie ni des transactions privées, qui représentent une part considérable du marché. Ensuite, un chiffre global peut être trompeur : retirez les deux Basquiat de Sotheby's New York, et la reprise américaine, donc mondiale, prend un tout autre visage. Le marché de l'art contemporain va mieux, certes. Mais il reste suspendu à quelques chefs-d'œuvre, à quelques places de marché et à quelques maisons. Le rapport 2027 dira si cette convalescence s'est transformée en véritable guérison.