Sandrine Hirson : L’art comme dialogue entre silence, émotion et lumière
Chez Sandrine Hirson, le silence n’est jamais vide. Il précède le geste, prépare la couleur, invite à l’écoute. Avant de peindre, elle observe, absorbe, se remplit du monde. Sa création naît de cette pause intérieure, de cette tension douce entre calme et élan. Dans son atelier, à la fois refuge et laboratoire, la matière devient partenaire. L’huile n’est pas un outil, mais une présence qui accompagne et répond. Hirson ne cherche pas à maîtriser la toile, elle dialogue avec elle. Le doute, loin d’être un frein, devient un moteur, un signe de vie. Peindre, pour elle, c’est une façon d’exister pleinement. Chaque œuvre est une trace d’âme, un souffle discret qui continue de vibrer après le dernier coup de pinceau. L’art, chez Sandrine Hirson, n’est pas une démonstration mais une respiration : un espace de sincérité, de lumière et d’écoute.
Qui es-tu, quand tu n’es pas en train de créer ?
Quand je ne crée pas, je suis un silence en mouvement, une tornade qui se calme, une toile blanche intérieure. Je suis là, pleinement vivante mais en pause. Je regarde, j’analyse, j’absorbe, je me remplis du monde, d’images. Je suis ce battement entre deux éclats de couleurs, ce vide nécessaire pour que naisse le trait juste. Je sais maintenant que ces moments où je ne crée pas sont essentiels. Ils ne sont pas une rupture, mais une respiration. Une période de gestation, même si elle me dérange parfois. C’est dans ce vide que naît ce qui compte vraiment.
Ta démarche : un cri, un murmure, un silence ?
Je crois qu’elle est un peu des trois. Un cri quand je n’en peux plus. Un murmure quand je veux toucher quelqu’un doucement. Un silence quand je n’ai pas encore trouvé les mots, ni les formes.
Une seule œuvre : laquelle dit tout de toi ? Pourquoi ?
Aucune sinon j’arrêterai de peindre, de créer. Quand tout est dit c’est fini !
Pourquoi ce médium ? Qu’est-ce qu’il t’oblige à affronter ?
L’huile est venue à moi plus que moi à elle… Je n’affronte rien, nous travaillons ensemble.
Est-ce que ton œuvre te résiste ? Tu fais quoi quand ça coince ?
L’œuvre ne m’appartient pas. Elle a sa propre logique, sa propre volonté parfois. Quand elle me résiste, je comprends qu’elle essaie peut-être de me dire autre chose. Je dois alors écouter, revoir mon intention. Ce n’est pas un échec, c’est un dialogue.
Une obsession, une influence, un vertige en ce moment ?
Pas d’obsession, ni même de vertige. Je ne poursuis rien. Je laisse les choses me traverser. Les influences varient, elles se déposent doucement, nourrissent mon travail sans que je puisse toujours les nommer. En réalité, ce sont moins des influences isolées que des couches multiples qui se superposent. Comme une mémoire collective et intime à la fois, qui irrigue mon travail sans que je puisse toujours en tracer la ligne exacte. Ce que je crée est le résultat de ce tissage complexe, ce mélange subtil entre ce que je vis, ce que j’observe, et ce que j’absorbe.
Ton atelier : laboratoire, refuge, chaos ?
Mon atelier est à la fois laboratoire, refuge et chaos. C’est un lieu où je peins, je réfléchis, j’expérimente. C’est la rencontre entre la douceur, l’énergie et le désordre qui se transforment en création.
As-tu déjà douté de ta légitimité ? Que fais-tu de ce doute ?
Le doute fait partie intégrante de mon parcours. Il est une preuve que je suis en vie, que je m’interroge sur ce que je fais et sur la place que j’occupe dans le monde de l’art. J’apprends tous les jours à accepter ce doute. Je le transforme en énergie pour aller au-delà de moi-même, pour créer autrement.
Une œuvre que tu n’as jamais osé créer ?
Je ne me pose pas la question. Peindre, pour moi, est avant tout un chemin d’exploration, parfois incertain, parfois déroutant.
Que veux-tu laisser, au-delà de la matière ?
Plus qu’une œuvre, c’est une trace d’âme, une présence délicate, fragile, un souffle qui continue de vivre bien après que le pinceau s’est tu.
L’art doit-il encore choquer pour exister ?
L’art est un espace libre, un territoire où toutes les formes d’expression ont leur place. Il n’y a pas de règle unique, ni de nécessité à choquer pour être légitime. Ce qui importe, c’est l’authenticité, la sincérité du geste, la vérité que l’artiste porte.
Une mauvaise interprétation de ton travail : tu la portes comment ?
Parfois, ça pique un peu ! Mais une mauvaise interprétation ouvre aussi des pistes inattendues, des dialogues nouveaux. Je crois qu’il est important de clarifier, d’échanger, et de ne pas laisser déformer ce que je cherche à transmettre. L’art est un dialogue, mais il doit être sincère. Après tout, une œuvre n’est jamais figée, elle évolue avec ceux qui la regardent.
Quelle est ta chanson ou musique préférée ? Et pourquoi ?
Ma chanson préférée est The Sound of Silence de Simon & Garfunkel. Cette chanson me touche profondément par sa mélancolie et ses paroles.
Quel est le film qui ta le plus marqué dans ta carrière d'artiste ? Dis nous en plus ?
Je ne pourrais pas citer un film en particulier qui aurait marqué ma carrière d’artiste. Le cinéma m’inspire par touches, par fragments : une lumière, des paroles, un silence, un regard. Ce ne sont pas forcément les grandes histoires qui m’impactent, mais les atmosphères, les rythmes, la façon dont un film peut faire ressentir quelque chose sans forcément l’expliquer. Je regarde les films un peu comme je regarde le monde : en cherchant ce qui vibre, ce qui trouble, ce qui reste après. Chaque film est une trace possible, une sensation à capter, à réinterpréter. Ce sont ces détails-là, parfois discrets, qui nourrissent mon regard d’artiste.